L’héraldique ou la science du blason

« Sur mon blason je préfère avoir une tache de sang à une tache de boue »

T.Gautier.

Cette citation de Théophile Gautier résume à peu près l’état d’esprit du chevalier modèle et de la relation qu’il entretient avec son blason, marqueur de son identité. Le blason est avant tout un signe distinctif, une marque d’appartenance à un groupe. A l’origine, le blason était utilisé afin de pouvoir distinguer les chevaliers et leurs camps à l’occasion de joutes ou de batailles. Le héraut d’armes, qui est l’organisateur de tournois devient le spécialiste du blason. Il donne son nom à la discipline consacrée à l’étude de ceux-ci : l’héraldique. C’est celui qui va définir les règles et réaliser des listes de blasons appelées armoriaux. Mais quelles étaient donc ces règles autour du blason ? Essayons de comprendre la science de l’héraldique.

Histoire du blason

C’est au XII ème siècle que les premiers blasons apparaissent en Europe et le premier blason que l’on ai pu identifier en France appartient à Raoul de Vermandois (Petit-fils d’Henri I er), vers 1150. À cette époque, il n’y a pas encore de règles précises ni de codes définis à propos des blasons, chacun fait comme il l’entend. Les couleurs les plus vives et les animaux les plus simples sont alors utilisés pour orner ces signes distinctifs si particuliers. L’écuyer, qui aide le chevalier à s’équiper et qui donc porte parfois son écu, va voir son rôle évoluer grâce à l’apparition d’un blason sur cet écu : il va pouvoir représenter le chevalier en son absence. De plus, les cinq régions du blason soit le chef, le cœur, les flancs dextre et sénestre et la pointe correspondent aux parties du corps de l’écuyer qui porte le blason sur sa poitrine. C’est à partir du XIII ème siècle que cette science va commencer à se structurer, à adopter des règles. La première grande règle à propos du blason dispose qu’il est héréditaire. Cela coïncide avec la volonté d’établir de grandes lignées au sein des familles et d’asseoir ainsi son prestige. Alors que les communes prennent leur indépendance au XIV ème siècle, elles vont se doter également de blasons. Toujours dans ce même mouvement, au XV ème siècle, le blason infiltre toutes les couches de la société, du vilain au noble. L’on va alors retrouver des blasons sur tous les supports possibles : dans les manuscrits, sur des murs, sur les vêtements ou encore dans l’art.

« Les armoiries sont des emblèmes en couleurs, propres à une famille, à une communauté ou, plus rarement, à un individu, et soumis dans leur disposition et dans leur forme à des règles spéciales qui sont celles du blason. Certains caractères distinguent nettement les armoiries des autres emblèmes : servant le plus souvent de signes distinctifs à des familles, à des groupes de personnes unies par les liens du sang, elles sont en général héréditaires ; les couleurs qui les composent n’existent qu’en nombre limité ; enfin, elles sont presque toujours représentées sur un écu. » Définition de Rémi Mathieu, Le système héraldique français, 1946.

Le blason : formes, couleurs et symboles

Les blasons ont été utilisés pour permettre de différencier les combattants, les familles et les villes. Par leur forme, ils vont eux aussi se distinguer. La forme de l’écu va varier d’un pays à un autre et dans chaque pays, nous pourrons également retrouver différentes formes. Les formes des écus peuvent ressembler à des animaux, des symboles et même des parties du corps humain ! L’écu italien va par exemple reproduire la forme d’une tête de cheval et l’écu français moderne va avoir des angles inférieurs (ou reins) arrondis et la pointe est formée par la jonction de deux quarts de cercles de même proportion.

Au fil du temps, l’héraldique s’est structuré et l’on a donc besoin de clés de lecture pour comprendre la construction du blason et ainsi pouvoir le lire correctement. Premièrement, il est important de savoir que l’écu est toujours composé de plusieurs parties et elles ont un nom (ci-dessous). Mais comment les différentes parties s’organisent-elles ? Comment réussir à lire les différents éléments dans le bon ordre ? L’on comprend alors que le blason peut être coupé, taillé, écartelé ou encore écartelé en sautoir et que l’on lit généralement le blason comme on lit le français.

Pour ce qui est des couleurs et des symboles, appelés plus précisément « meubles », c’est une toute autre affaire et l’on comprend alors pourquoi l’on peut dire que l’héraldique est une science. La couleur revêtait une grande importance car elle pouvait indiquer la localisation du territoire représenté avec des tons chauds par exemple pour certaines villes du sud de la France. La couleur peut également signifier totalement autre chose et être associée à des qualités morales ou des idées comme la royauté ou l’abondance. La couleur « Azur » aussi appelé bleu signifie la royauté, la majesté. La couleur « gueules » ou rouge quant à elle est liée au courage, à l’intrépidité. Le « sinople » ou vert désigne la liberté et l’espérance. Le noir se nommait « sables » est est lié à l’idée de modestie. Enfin le « pourpre » ou violet est synonyme de souvraineté et dignité. Les couleurs or et argent pouvaient également figurer sur les blasons. Andy Wharol aurait donc pu réaliser des blasons en gardant sa ligne artistique… En ce qui concerne les meubles, toutes sortes de formes pouvaient figurer sur les blasons d’après le Dictionnaire encyclopédique de la noblesse de France de Nicolas Viton de Saint-Allais (1773-1842). Certaines parties du corps humain pouvaient apparaitre par exemple comme des coeurs enflammés ou des mains jointes synonyme de foi. Des tours crènelées pouvaient également figurer sur le blason afin de désigner un château ou encore une grande demeure. De plus, les armes sont un topos en terme de formes représentées sur les blasons : épée pour de vaillants combattants, badelaires (sabres) …etc. Arbres, fleurs et fruits sont aussi très présents. L’on retrouve d’ailleurs le lys à de nombreuses occurrences dans les blasons français ou encore les otelles (amandes pelées). Enfin, il est possible de retrouver les astres sur les blasons : soleils, étoiles, lunes et plus encore.

Le blason est donc un signe qui a servi à distinguer toute sorte de choses et de personnes. Les couleurs, les formes et les meubles ont été les outils employés afin que chaque blason soit singulier et en cohérence avec celui qui va fièrement l’arborer. La science de l’héraldique n’a donc plus de secrets pour vous, héritiers et vous pourrez donc vous atteler à décoder le blason d’Héritages…

Par Colombe Cissé pour Héritages

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