La pratique de l équitation au temps de Louis XVI, le cheval synonyme de symbole politique

     La relation qui lie l’homme au cheval est aussi ancienne que complexe. Tantôt instrument de guerre, partenaire de jeux ou encore moyen de locomotion, l’histoire de l’équidé est intimement liée à celle de l’évolution de l’homme ainsi qu’à son histoire. Paysan ou roi cela ne fait presque aucune différence : cet animal, si souvent loué, fait partie intégrante du paysage de l’époque et ce notamment à l’endroit de l’art, de la guerre mais aussi de la chasse. Mais avant toute chose, revenons aux origines des écuries royales de Versailles, car afin de comprendre l’importance du cheval dans la vie politique de l’époque, il nous est nécessaire de faire un point sur la demeure qui lui est allouée ainsi que sur la pratique équestre sous les Bourbons. 

Avant propos

« Le cheval : la plus noble conquête que l’homme ait jamais faite est celle de ce fier et fougueux animal qui partage avec lui les fatigues de la guerre et la gloire des combats  » De Buffon, Histoire Naturelle

La Grande et la Petite Écurie du château de Versailles

     La Grande et la petite Écurie de Versailles furent édifiées entre 1679 et 1682, soit bien des années après le début de la construction du château lui-même (ndlr, le premier château datant de 1623, sous Louis XIII). Versailles, domaine réputé pour la chasse, n’est donc pas en reste quant à la tradition équestre, et il semble ainsi naturel que le roi soleil décide, dès lors que les grands travaux débutent, de créer un département réservé aux équidés dont le nombre ne cessera d’augmenter jusqu’à la fin de l’Ancien régime.    De la même manière que dans le château, il règne dans les écuries royales une étiquette ainsi qu’une hiérarchie dont les écuyers et palefreniers ne peuvent faire l’économie. Ainsi les chevaux de la Petite Écurie sont regroupés en fonction de leur attribution au roi, à son dauphin ou encore à l’attelage tandis que la répartition à la Grande se fait différemment. En effet l’on y trouve d’un côte les coureurs, utilisés au moment des chasses notamment, et de l’autre les chevaux de manège, eux-même divisés en deux groupes. 

Comme vous pouvez le constater la Grande et la Petite Écurie sont séparées par l’Avenue de Paris. Aujourd’hui La Grande Écurie accueille en son sein de nombreux établissements dont la galerie des carrosses, l’académie du spectacle équestre, les archives communale de Versailles ainsi que l’ENSAD ( ndlr : École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs). 

L’École de Versailles

   Les apprentis cavaliers n’étaient pas nombreux à Versailles et ils ne comprenait que quelques rares chanceux considérés comme aptes à devenir écuyers, des gardes du corps, quelques élèves ayant reçu une autorisation spéciale pour monter sans but particulier, les futurs officiers de cavalerie et enfin les gens du service des écuries. Le nombre restreint d’élèves acceptés fait montre de la difficulté qu’il y avait à entrer dans ces écuries royales.  L’École de Versailles existe justement pour former différents types de cavaliers. Cette institution existe depuis 1680 et a été inauguré par Louis XIV deux ans plus tard. L’enseignement proposé par Pierre Marie d’Abzac sous Louis XVI est strict et classique. Il donna même des leçons au Roi et au Comte d’Artois, futur Charles X. Sa pédagogie s’articule autour de 4 grands axes selon Alexis de l’Hotte, auteur d’ Un officier de cavalerie (1905) qui sont :

  • Dégager « l’équitation de toutes les superfluités, de toutes les inutilités en vogue au temps de Pluvinel » (d’Aure) 
  • Rechercher « la régularité et l’élégance de la position, la finesse des aides, la douceur dans l’emploi des moyens de domination » (l’Hotte) 
  • Rejeter « tout ce qu’en équitation le bon goût réprouve » ;
  • Obtenir la perfection de la position du cavalier : « Dans ce manège, les plus grands soins étaient donnés à la rectitude, à l’élégance de la position, à ce point qu’il suffisait de voir passer un cavalier sortant de cette école pour pouvoir dire : « C’est un élève de Versailles. » À cette époque, on disait : « Celui qui n’est pas bel homme à cheval ne peut, être bon homme de cheval. »(l’Hotte).

Équitation et politique : quand les tableaux équestres font montre des mutations politiques et sociales du XVIIIe siècle

« La première tribune du monde, c’est la selle d’un cheval » A. De Lamartine.

    Monter à cheval n’est pas seulement une pratique dite de « loisir » pour le roi. Certes celui-ci pratique l’équitation pour la chasse, activité ô combien appréciée par les Bourbons, mais il faut aussi rappeler la nature militaire de l’équitation et son rapport au pouvoir. Plus le roi se distingue par son équitation, plus celui-ci paraît apte à gouverner correctement son royaume, à mener ce dernier de la même façon qu’il mène son compagnon équidé. Cette symbolique a très bien été intégrée par Louis XIV, comme en témoigne les nombreux tableaux réalisés par Charles le Brun le représentant à cheval. Sur ceux-ci l’on peut aisément comprendre que l’identité royale repose en grande partie sur les capacités équestres du roi. D’autre part il est important de rappeler que les peintures équestres mettent en lumière non seulement la politique menée par le souverain mais aussi les valeurs prônées par ce dernier ainsi que la mode, aspect parfois oublié et pourtant très parlant, ou encore les codes régissants l’élite sociale à savoir la noblesse. 

  Il serait maintenant intéressant de se pencher sur Louis XVI et la place que ce dernier accorde à ce sport (car oui, rappelons le, l’équitation est un sport). Contrairement à son aïeul, le roi Soleil, Louis XVI n’est jamais représenté en roi guerroyant. Les rares portraits de ce dernier à cheval sont dénués de la dimension militaire ou guerrière, montrant ainsi l’état politique de la France en cette fin de XVIIIe siècle. À la différence de Louis XIV qui partait régulièrement en campagne militaire, Louis XVI cherche à appliquer une politique d’apaisement au sein de l’Europe, volonté qui se traduit dans ces peintures. Ainsi ne voit-on plus de tableaux de guerre mais davantage de scènes de chasse, nouveauté qui souligne non seulement les changements socio-politiques de l’époque mais aussi la personnalité du monarque, moins belliqueux que Louis XIV.

Marie-Antoinette, une cavalière passionnée

   Ce n’est une surprise pour personne, Marie-Antoinette fut en effet au coeur de nombreux débats. Accusée d’être dépensière et frivole, la reine fut aussi à l’origine d’une réelle révolution dans le milieu équestre en ré-introduisant la figure de la cavalière, oubliée depuis un certain temps. Fière et royale, Marie-Antoinette apparaît sur les peintures comme une cavalière aguerrie. Cette dernière semblait apprécier ce sport qu’elle pratiquait notamment auprès de sa belle-soeur, madame Élisabeth, soeur cadette du roi. Mais ce qui marque réellement les esprits ce n’est pas tant qu’une femme monte à cheval mais plutôt que cette dernière pratique l’équitation à la manière d’un homme c’est-à-dire à califourchon. En effet il était d’usage que le sexe féminin monte en amazone, c’est-à-dire les deux jambes d’un même côté, permettant ainsi à la cavalière de porter sa jupe. Toutefois la reine, peu encline à respecter au pied de la lettre la tradition, semble préférer la monte à califourchon, habituellement réservée aux hommes et strictement défendue aux femmes. 

Mais pourquoi interdisait-on aux femmes de monter à califourchon? 

 Il est possible d’expliquer de deux façons cette interdiction. Tout d’abord pour des questions de moeurs: il semblait inconcevable qu’une femme puisse adopter une telle position, connotée sexuellement et nécessitant surtout de porter non plus une jupe mais un pantalon, travestissement irrecevable à la Cour mais qui n’a pourtant pas arrêté la reine. De plus avec l’avénement des Lumières et le développement de la médecine on estimait qu’il n’était pas raisonnable pour une femme de monter ainsi, pour des raisons d’hygiènes et de santé. Bien sûr ces arguments ne sont en rien un frein pour Marie-Antoinette qui est bien décidée à se faire une place dans cet espace masculin et qui fait par la même montre de son émancipation, attitude que beaucoup lui repprocheront par la suite. 

  Force est de constater que ces reproches ne viendront pas uniquement des hommes de la Cour mais bel et bien des femmes, voyant d’un mauvais oeil le goût de la reine pour le monde équestre habituellement réservé au « sexe fort ».  En réponse à leurs plaintes il fut décidé ceci: « Une nouvelle étiquette exigea que les jours de chasse royale, la reine, les princesses de sang et les dames invitées se rendissent en calèche à l’endroit où le cerf devait être forcé ». Cette nouveauté était ainsi un moyen d’interdire à la reine de jouir de ses sorties à cheval auprès des hommes, mais c’était sans connaître le tempérament de cette dernière qui a écrit par la suite « Qu’ai-je promis ? De ne pas suivre la chasse ! Eh bien, je vais aller au-devant d’elle ! De cette façon je tiendrai ma parole et j’éviterai de me faire voiturer dans cette maudite calèche. ». Sa mère, Marie-Thérèse d’Autriche elle-même, ne manqua pas d’intimer à sa fille de monter avec davantage de modération, sans pour autant renoncer à sa passion mordante pour l’équitation.  Ainsi chaque jour, Marie-Antoinette se rendait au manège de Versailles une heure durant afin de s’adonner à ce sport, montant tantôt en amazone, tantôt à califourchon et faisant ainsi un réel pied-de-nez aux réactionnaires habitants à la Cour. 

Conclusion

     Ainsi la pratique de l’équitation est aussi diverse que symbolique. Intimement liée à la figure royale et à l’autorité de cette dernière il n’est pas surprenant que les Bourbons aient fait construire à Versailles la Grande et la Petite Écurie en hommage à leurs compagnons équidés. À travers les représentations picturales nous pouvons tout aussi bien comprendre les enjeux politiques,  que sociaux et économiques animant la France. Les peintures de cette fin du XVIIIe siècle soulignent notamment les différences entre Louis XVI et son aïeul Louis XIV. Dans celles-ci c’est un roi qui semble avoir mis pied à terre qui nous apparaît et non plus un monarque de droit divin avide de conquêtes et de grandeur comme le fut le roi soleil. Les prémices d’une révolution sociale et politique sont comme annoncés dans ces portraits et c’est en les analysant aujourd’hui que l’on peut se rendre compte des mutations qui s’opéraient avant même 1789 et la chute de la monarchie absolue. 

Par Oïana Caretti pour Héritages

  1. Bonjour à toute l’équipe et bravo pour votre belle initiative ! C’est avec intérêt que j’ai lu votre article sur…

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