L’invention de la photographie en 3 flashs

Illustration : Honoré Daumier, Position réputée la plus commode pour avoir un joli portrait au Daguerréotype, 1847, caricature

Quand fut inventée la photographie, et par qui ? La photographie est-elle un art ? Autant de questions que l’on se pose sur cette pratique qui aujourd’hui nous est plus que familière. Si des nos jours les photos sont dématérialisées dans nos téléphones et sont si nombreuses qu’on ne les compte plus, il est intéressant de se rappeler qu’à l’origine, au cœur du XIXèmesiècle, la photographie est avant tout un objet, matériel, unique (dans certains cas), et qu’on ne capte pas en un clic mais qui prend des heures avant d’apparaître… Je vais vous raconter la genèse de cette merveilleuse invention.

Aujourd’hui on parle généralement de la « photographie » … Mais ce terme – qui n’apparaît d’ailleurs que quelques années après son invention, dans les années 1850 – regroupe à l’origine des réalités multiples. Au début du XIXèmesiècle, à la suite d’avancées scientifiques considérables en optique et en chimie, avec notamment la découverte de la photosensibilité des sels d’argent, de nombreux inventeurs recherchent un moyen de fixer une image du réel en exploitant cette photosensibilité. Issus d’horizons divers, nous pouvons relever les cas de 4 inventeurs en particulier.

L’un de ces hommes qui a fait de multiples tentatives pour capter le réel dans une image fixe s’appelle Nicéphore Niepce.  Cet ingénieur-inventeur a cherché, dès les années 1810, à réaliser ce qu’il appelle des « héliographies », des dessins par le soleil. Il laissait une plaque de métal en étain enduite de bitume de Judée (qui durcit à la lumière) exposée au soleil pendant des heures (le temps de pose peut aller jusqu’à 18h !), afin que le réel vienne s’y imprimer, puis celle-ci est trempée dans un dissolvant d’huile essentielle de lavande afin que l’image soit « révélée », puis rincée à l’eau. C’est ainsi qu’il réalisa ce que l’on considère comme la première photographie : Le point de vue du Gras, réalisée en 1826 depuis la fenêtre de sa chambre.

Illustration : Nicéphore Niepce, Point de vue du gras, 1826, héliographie

En 1829, cet inventeur génial s’associe avec un homme très intéressé par tous ces travaux : Louis Daguerre. Celui-ci est alors propriétaire du Diorama parisien (une sorte de théâtre où la lumière, associée à de grands décors peints, crée des effets spectaculaires), et rapidement il perfectionne les recherches de Niepce pour mettre au point le « daguerréotype ». Cette technique consiste encore en l’exposition d’une plaque sensibilisée, en cuivre cette fois-ci, mais celle-ci est insérée dans un appareil, ou chambre noire, pour permettre une meilleure impression, et ainsi il réduit le temps de pose à une quinzaine de minutes. Ce procédé donne lieu à un objet unique, non-reproductible, donc pour nous qui avons l’habitude de multiplier les photos cela paraît très étonnant ! Pas peu fier de son invention, et souhaitant la commercialiserpour se faire de l’argent, Daguerre propose à l’Etat français de lui vendre le procédé du daguerréotype, et c’est ainsi que le 19 août 1839, par un discours à l’Assemblée, la France fait don à l’univers de cette merveilleuse invention qu’est la photographie ! Donc oui, la photographie est bien une invention française ! On retient 1839 comme date officielle pour la photographie.

Illustration : Daguerre, Vue du boulevard du temple, 1838, daguerréotype

Invention française…selon le point de vue. A cette idée que la photographie est un don de la France, un Anglais s’oppose : il s’agit du mathématicien Henry Fox Talbot, qui lui aussi a mis au point un procédé similaire, qu’il appelle « calotype »– du grec kalos, qui veut dire beau, donc d’emblée, alors que Niepce et Daguerre ont plutôt des ambitions scientifiques et commerciales, lui met en avant les ambitions esthétiques de la photographie. Il propose pourtant une approche de la photographie que l’on pourrait considérer comme moderne, puisqu’il met en place un procédé reproductible en inventant la complémentarité négatif-positif, ce qui permet aux photographies de se multiplier et de se diffuser. Au fond, c’est véritablement lui l’inventeur de la photo argentique, qui va bercer le XXèmesiècle.

Illustration : Talbot, The open door, dans The pencil of nature, 1844, calotype

Dans cette effervescence d’inventions de toute part, certains inventeurs sont des laissés-pour-compte, et ne sont pas reconnus à leur juste valeur. C’est le cas d’Hippolyte Bayard, un petit fonctionnaire qui réalisait ses tentatives de photographie sur le toit du ministère. Pour dénoncer cette non-reconnaissance qu’il considère comme une injustice, il réalise en 1840 son fameux Autoportrait en noyé (l’un des tout premiers selfies, somme toute !) : comment ne pas ressentir un sentiment de la malaise face à cette photographie qui met en scène la mort, même s’il s’agit d’une illusion ! 

Illustration : Hippolyte Bayard, Autoportrait en noyé, 1840 Crédit photo SPF

Ainsi, ce que l’on peut retenir de tous ces exemples, c’est que les procédés photographiques furent multiples, et qu’au fond il n’y aurait pas une mais des photographies. Pourtant, tous ces procédés se rejoignent dans un même but : produire une impression du réel par la lumière.

Isaure de Montbron pour Héritages

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