Le protestantisme en 5 minutes

Le 31 octobre 1517, sur la porte de l’église de la Toussaint, à Wittemberg, les 95 thèses de Luther (1483 – 1546) sont placardées. Cette date marque l’aube d’un schisme aux grandes répercussions pour la chrétienté et l’Europe alors majoritairement catholique. Seulement l’aube ? Oui, certes car rien n’est encore joué à ce moment. C’est, en effet, trois ans plus tard que le moine est sommé de se rétracter dans ses propositions, par la bulle pontificale Exurge Domine (15 juin 1520). Bulle que le « réformateur » brûle en signe de contestation. La nouvelle bulle papale Decet romanum pontificem, le3 janvier 1521, excommunie ensuite Luther et ses partisans : le schisme est consommé, et le protestantisme né. Néanmoins, comment expliquer l’ampleur rapide que prend ce mouvement ? Quels sont d’ailleurs les  bases de la doctrine protestante, développés par Luther à l’encontre de l’Eglise catholique ? 

I- Contexte de la mise en place du protestantisme européen 

Luther s’inscrit dans une époque propice au développement de sa doctrine. Tout d’abord, son contact avec les humanistes y joue pour beaucoup. Lors de la Renaissance, où l’on rejette la période médiévale afin de mieux retrouver les principes antiques (issus de culture païenne), les intellectuels se détournent peu à peu de la conception catholique des choses. En effet, ceux – ci se permettent de développer des philosophies nouvelles, sans chercher à prendre en compte l’assentiment de l’Eglise, voire en allant à l’encontre de certaines de ses doctrines. C’est ainsi, que Luther reprend des idées de Guillaume d’Ockham, qui rejette la scholastique traditionnelle thomiste. Il s’inspire également d’auteurs qui le précèdent quant à l’idée de justification salutaire sans œuvre, à l’image de Johann Ruchrat von Wessel (mort en 1481) qui proclame la stricte prédestination. Autrement, il profite de la nouvelle technique de l’imprimerie, largement en usage chez les humanistes, afin de diffuser ses idées. Au-delà de ses thèses, Luther a, en effet, une œuvre assez prolifique (on se souviendra des publications de 1520 tels que De la papauté à Rome ; Le manifeste à la noblesse chrétienne…) qui est d’ailleurs condamnée dès avril 1521, au cours de la Diète de Worms convoquée par Charles Quint. 

Le contexte politique a également sa part dans la propagation de cette doctrine. Ceci prend corps notamment lors de la diète d’Augsbourg de 1530. A cette occasion, une Confession(sous-entendu « de foi ») signée par les princes ou villes faisant parti de l’empire et ayant embrassé la nouvelle doctrine, est présentée à l’empereur Charles Quint. Ce texte a pour but de former une unité des princes allemands autour de cette nouvelle conception religieuse, ce que l’empereur catholique refuse. C’est pourquoi ces mêmes autorités se rassemblent dès février 1531 afin de former la ligue smalkade qui promet une assistance mutuelle des contractants face aux éventuels conflits à mener contre les catholiques. Cette ligue est, de plus, un outil politique assumé visant à s’opposer aux velléités impérialistes de Ferdinand 1er (élu pour la direction du Saint Empire Germanique, en 1531). Ainsi, la victoire des « réformateurs » se fait entrevoir en 1555 lors de la paix d’Augsbourg alors qu’est proclamée la sentence « cujus regio, cujus religio » (tel prince, telle religion) ; ce qui établit également la prééminence de l’ordre princier sur celui impérial dans la région. 

A partir de ce moment, les doctrines protestantes se multiplient : Ulrich Zwingli dans les cantons Suisses, Martin Bucer en Alsace, Jean Calvin en France et à Genève… Tant est si bien qu’à la mort de Luther 90% de la Germanie est protestante et qu’à la moitié du XVIe siècle une grande partie de l’Europetels la Pologne, Hongrie, Bohême, Pays – Bas, Ecosse, Angleterre et France sont touchés par cette doctrine. Renaissance et humanisme, un contexte politique tendu entre princes et empereur du Saint Empire Romain Germanique, la diffusion de diverses formes de protestantisme… sont autant de facteurs à même d’expliquer son expansion rapide au cours du XVIe siècle. 

II- La doctrine protestante face à celle catholique

On connait souvent le protestantisme à travers la question du refus des indulgences, développée notamment par les 95 thèses. En effet, Luther s’insurge contre le pape Léon X, qui s’inscrit dans la continuité de son prédécesseur Jules II en octroyant une indulgence moyennant participation monétaire à la reconstruction de la basilique Saint Pierre de Rome. Luther se méprend cependant en disant pouvoir « acheter son salut » par ce biais car toute indulgence doit être accompagnée de dispositions nécessaires du croyant que sont la confession (avec ferme propos de ne plus commettre le péché)  ainsi que d’une communion. 

Quoi qu’il en soit, cette question des indulgences est minime par rapport à la confrontation qu’engendre la doctrine développée par Luther et qui établit une base commune pour tout protestantisme, en opposition avec le catholicisme. Tout d’abord, Luther prône une nouvelle doctrine concernant la grâce, la foi, les Ecritures et le Christ : « Sola gratia, sola fide, sola scriptura, solus Christussoli Deo Gloria». 

Concernant la grâce, celle protestante diffère de celle catholique en ce qu’elle repose sur une nouvelle conception du péché originel. En effet, pour Luther, la nature humaine et le libre arbitre sont corrompus à ce point que l’homme tombe nécessairement dans le péché. Ainsi la grâce ne peut éviter à l’homme de pécher, non plus le nettoyer de ses fautes, et sert seulement dans la mesure où les manquements à la volonté de Dieu sont alors ignorés par la justice divine. Il n’y a donc pas de sainteté selon Luther. Ainsi s’explique le « sola Deo Gloria » puisqu’aucun hommage ne peut être rendu autrement qu’à Dieu seul.

Lucas Cranach l’Ancien : Luther et ses collaborateurs

La foi seule suppose que le croyant soit persuadé que Dieu veuille bien le justifier, en mérite des vertus du Christ, sans pouvoir accomplir d’œuvre pour participer à son propre salut. Cette idée est liée avec celle de la prédestination selon laquelle Dieu décide des futurs élus du ciel, sans faire appel à la collaboration du libre arbitre humain (ne serait-ce parce que le libre arbitre est corrompu). 

Le Christ seul signifie le refus d’intermédiaire pour s’adresser à Dieu. De fait, comme Luther refuse la hiérarchie ecclésiastique et qu’il n’y a pas de sainteté, il parait logique que le croyant ne puisse s’adresser qu’au Seigneur. Ce lien direct avec Dieu s’établit notamment à travers l’œuvre du Saint Esprit qui donne l’impression au prédestiné de faire ce qu’il doit faire. Ainsi, l’appréciation de l’œuvre de la grâce se fait en grande partie à travers l’affect, une impression personnelle et relative à chacun. 

Enfin, puisqu’il n’y a pas de cause seconde pour accéder au salut et que le croyant doit être guidé par la sensation de la présence de l’Esprit, le sola scriptura coule de source. Le croyant ne s’appuie donc pas sur la Tradition de l’Eglise, non plus sur la science des prêtres, mais réalisent leur propre exégèse face aux Ecritures Saintes, selon la conception protestante du droit au libre examen. A la lumière de ces considérations, nous pouvons indiquer une nouvelle source de cohésion des protestantismes, basée sur une triple négation, comme l’indiquent Laurent Gagnebin et André Gounelle dans leur livre Le protestantisme ? Ce qu’il est. Ce qu’il n’est pas : « un triple refus caractérise le désaccord entre les protestants et Rome. Ce triple refus peut être exprimé dans une formule lapidaire : un homme, une femme, une chose ; à savoir : le pape, Marie, la messe ».

Le refus du pape s’explique en ce que le croyant n’a pas besoin d’intermédiaire pour s’adresser à Dieu. Ainsi Luther refuse l’Eglise puisqu’il refuse la hiérarchie qui en découle. Le refus de Marie, médiateur catholique par excellence, s’explique plus généralement par le refus du culte des saints ; puisqu’il n’y a pas d’autre médiateur que le Christ. Enfin, le refus de la messe s’explique par le refus de croire que le sacrifice de la croix peut être renouvelé. Ainsi, les protestants font de la consécration eucharistique un simple mémoriel, duquel découle une remise en question de la transsubstantiation.  

On observe donc, à travers l’exemple de l’eucharistie, que les sacrements sont mis en retrait par les protestants. Le septénaire (les 7 sacrements) catholique est ainsi largement réduit puisqu’il ne subsiste qu’une forme de baptême et l’eucharistie modifiée. Ceci à de grande répercussions dans l’ordre du royaume en France qui est largement calqué sur les sacrements en ce qui concerne l’état civil : les registres des paroisses servent en effet à noter les baptêmes, les décès et les mariages. Ainsi, la question protestante met à mal cette organisation puisqu’il s’agit alors pour le roi de choisir entre faire comme si les protestants étaient des étrangers au royaume ou adapter la législation afin de prendre en compte les évolutions de leur état civil… ce qui tend à une certaine sécularisation voire laïcisation de la gestion des personnes. L’Eglise catholique, quant à elle, décide de lutter contre cette nouvelle doctrine. C’est ainsi que se tient, entre 1545 et 1563, le Concile de Trente, instrument de lutte par excellence de la Contre – Réforme catholique.

Aurore Artignan pour Héritages

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