Les Médicis en France ou des reines de pouvoir dans un siècle trouble

            Les Médicis… un nom connu de tous et qui nous plonge instantanément dans l’Italie du XVe – XVIe siècle, au cœur de la ville de Florence où s’est particulièrement développée l’influence de cette famille de riches banquiers qui a marqué l’histoire… Que d’hommes de pouvoir sont issus de cette lignée ! Laurent le Magnifique (1449 – 1492) et son gouvernement de la République florentine ; le pape Léon X (1475 – 1513) qui est amené à superviser la réaction de l’Eglise face à l’instauration du protestantisme naissant, ou encore le pontife romain Clément VII (1478 – 1517) qui s’avère être, dans la droite lignée de ses ancêtres, un mécène hors pair… Pourtant, ce n’est pas d’homme dont on parle lorsqu’il s’agit d’évoquer les Médicis en France mais bien de femmes qui ont, elles aussi, marqué à leur manière l’histoire. Catherine (1519 – 1589) et Marie (1575 – 1642) de Médicis : deux reines, deux mères, deux régentes que la mémoire française n’a pas retenu comme étant des modèles de pouvoir, quoi que leur influence ait été grande dans un contexte pour le moins trouble. En effet, le XVIe siècle est marqué par l’instauration du protestantisme en France et par des luttes interconfessionnelles au sein des guerres de Religion qui mettent à mal l’ordre et la paix du royaume, puisqu’il y en a 8 entre 1562 et 1598 (ces dernières sont closes par l’édit de Nantes mais les tensions vont bien au-delà). 

Penchons-nous quelques instants sur la biographie de ces reines : Catherine de Médicis est née à Florence mais la mort de ses parents, alors qu’elle n’a pas un an, l’amène à passer la plupart de sa jeunesse à Rome où habite son protecteur et cousin Jules de Médicis (futur pape Clément VII). Elle se marie en 1533 avec Henri d’Orléans, second fils de François 1e, qui devient roi de France en 1547. De cette union naissent dix enfants dont de nombreux garçons. Cela lui assure un certain pouvoir de régence sous les règnes respectifs de François II, Charles IX et Henri III puisque son époux meurt dès 1559 des suites d’un tragique tournoi. Quant à Marie, elle naît également dans la ville berceau des Médicis. Elle se marie en octobre 1600 au roi de France Henri IV, dont le mariage avec la reine Marguerite (plus connue sous le nom de la « reine Margot » et qui est la fille de Catherine) vient d’être annulé. Marie met au monde en 1601 le jeune Louis XIII et c’est également au nom de son fils qu’elle exerce son pouvoir de régence dès 1610, puisque son époux meurt assassiné à cette date. 

Aussi, dans cette étude, nous nous appliquerons à analyser trois aspects qui ont marqué en profondeur et caractérisé les règnes de ces deux Médicis en France, ainsi que les positions adoptées par ces souveraines. Ces trois aspects sont la politique de reines régentes, leur position face aux conflits religieux ainsi que leur rôle de mécènes au sein de la cours de France. 

Catherine comme Marie sont des femmes et, en vertu de la loi salique, elles ne peuvent prétendre exercer un réel pouvoir sans l’appui d’hommes puissants. C’est en qualité de régente de leurs fils qu’elles règnent donc et auprès d’hommes en qui elles mettent leur confiance. Ces hommes sont respectivement incarnés pour Catherine et Marie par le chancelier Michel de l’Hospital (v. 1503 – 1573), et le marquis Concini (1569 – 1617) qui est un florentin. Pour autant, elles agissent bien en politique de leur propre chef selon leurs vues. Catherine de Médicis a pour idée que les femmes se doivent être des « tisseuses de paix » qui assure la quiétude du royaume. C’est ce que rapporte Denis Crouzet dans son ouvrage Le haut cœur de Catherine de Médicisen rapportant que cette reine pensait que « la femme, en elle, possède une volonté de ‘doulceur’ qui la rend supérieure aux hommes dans les temps difficiles de la tentation de la violence ». Ceci se traduit chez cette reine par l’importante correspondance qu’elle entretient (sa correspondance ne contient pas moins de 6000 lettres dans les archives européennes) afin de tenter d’apaiser les tensions et de faire entendre raison aux différents partis. Catherine organise également une véritable « propagande » royale dans des fêtes somptueuses auxquelles les ambassadeurs, comme les personnages politiques importants français, sont conviés. Par ces réceptions, la souveraine tente ainsi de dissuader les pays alentours d’envahir la France divisée de l’intérieure, en montrant une image riche et forte des finance de ce pays, ainsi que d’ « occuper les Français en quelque chose, autrement ils penseront à mal ; cependant ils ne pensent qu’en ce en quoi ils sont occupés » (paroles de Catherine rapportées par Monsieur de Parade, ambassadeur de Ferrare). Enfin, la politique de douceur de Catherine passe par les mariages de ses enfants : Charles IX avec Elisabeth d’Autriche, Marguerite de Valois avec Henri de Navarre (futur Henri IV), Henri qui devient roi de Pologne… En ce qui concerne Marie, sa politique se trouve être aussi conciliante, dans la mesure où elle ne peut se permettre d’être trop stricte car la France est dans une mauvaise posture, mais la souveraine s’en sort avec plus de difficulté que Catherine. En effet, afin de conserver la paix à la suite de la mort d’Henri IV, la reine dilapide les biens amassés par la bonne administration financière de Sully en achetant la fidélité de certains puissants afin d’éviter qu’ils ne se révoltent. A cela s’ajoute un besoin d’assurer la paix extérieure au royaume, notamment avec la puissance voisine des Habsbourg. Pour y remédier, la politique matrimoniale est également de mise et le mariage entre Louis XIII et Anne d’Autriche, fille de Philippe III d’Espagne, est prévu par les deux familles royales. Néanmoins, autant Catherine s’est efforcée à la fin de sa vie à pousser ses enfants à prendre leurs responsabilités et s’effacer derrière eux, autant la fin de Marie semble plus tragique : à vouloir trop intervenir dans les affaires de l’état, la reine mère finit bannie par son fils en 1631.  

En ce qui concerne la gestion des tensions religieuses de cette époque, les deux souveraines Médicis ont eu à cœur d’apaiser les tensions avec les protestants. Bien sûr, une légende noire a été brodée autour de Catherine et de l’épisode de la saint Barthélémy… pourtant, ce n’est pas rendre justice la tolérance instaurée à l’égard de cette confession religieuse par la souveraine. En effet, la régente supprime du royaume la peine de mort pour hérésie, autorise aux huguenots à célébrer leur culte en dehors des villes… et va jusqu’à marier sa fille Marguerite de Valois au futur Henri IV, alors protestant, afin d’assurer une réconciliation. Qu’est-ce donc qui a pu motiver le fameux massacre qui lui est inculpé ? Les causes sont trop complexes pour en faire un complet exposé ici mais, pour la France, elles peuvent trouver leur origine dans « l’attentat de Meaux » où les chefs protestants Coligny et Louis 1e de Bourbon Condé tentent de capturer le roi Charles IX. A la suite de cet évènement, la reine prend peur et donne son aval au « massacre de la saint Barthélémy » destiné, au départ, à exécuter les chefs huguenots en révolte afin de rétablir un dialogue plus apaisé entre les deux factions religieuses du royaume. Quant à la politique religieuse de Marie, elle se trouve dans la même lignée que Catherine avec une volonté de tolérance. En témoigne la confirmation solennel de l’édit de Nantes (acte réalisé sous son feu époux Henri IV) tandis qu’elle assure la régence ainsi que son autorisation à l’assemblée générale des députés protestants en 1611. 

Massacre de la St Barthélémy

            Enfin, lorsqu’on est une Médicis, il est évident qu’art et politique vont de pair. Nous avons déjà cité les grandes réceptions que Catherine donnait afin d’occuper les puissants et de faire voir la grandeur de la France aux ambassadeurs étrangers. Mais elle assure également les liens entre les artistes européens afin de faire valoir et veiller au développement de leurs talents. Elle veille personnellement, par exemple, à ce que les artistes François de Chatillon et Gaspard de Coligny soient bien accueillis par Cosme de Médicis à Florence en septembre 1546, tandis qu’ils souhaitent aller voir la ville est les « antiquités » qui s’y trouvent. Les mariages de ses enfants sont aussi des occasions pour faire circuler les objets d’arts : c’est ainsi que des bagues, des tableaux, des gants de fine facture… sont envoyés à sa fille Elisabeth après son mariage avec le roi d’Espagne. Son amour maternel, et son goût pour les belles œuvres en général, lui font également rechercher les meilleurs artistes qui soient : « qu’ils soient des meilleurs et plus excellents en leur art et métier que l’on pourra recouvrer » (lettre à Laurent Stozzi, 1577). En effet, Catherine est loin de ses enfants qui habitent paisiblement dans le Val d’Oise ou à St Germains en Laye tandis que leurs parents déménagent dans le cadre d’itinérance du pouvoir. De ce fait, elle commande régulièrement des portraits afin de les voir grandir. Son œuvre de mécène s’applique également à l’architecture avec la supervision de la construction du château des Tuileries par exemple mais également l’embellissement de celui d’Amboise. Enfin, depuis l’époque médiévale, il est acté les femmes se doivent de conserver la mémoire des morts. C’est ce qu’opère Catherine avec la commande d’une statue équestre de son feu mari à Michel Ange, bien que celle-ci n’ait malheureusement jamais vu le jour. Quant à Marie, son œuvre de mécène est elle aussi importante. On se bornera néanmoins à évoquer ici seulement deux de ses commandes majeures à savoir la construction du palais du Luxembourg ainsi que la suite de tableaux représentant les principaux moments de sa vie, commandée au peintre flamand Rubens qui se trouve alors à l’apogée de son art (actuellement au musée du Louvre, aile Richelieu, peinture flamande). 

            Pour conclure, que retenir de la présence des Médicis en France ? L’influence de cette puissante famille s’est opérée d’une manière toute féminine à travers des reines impliquées en politique du fait de leur régence, qui ont dû faire face à la question des tensions religieuses au sein du pays et à l’extérieur de celui – ci, et dont le rayonnement se laisse entrevoir d’une manière particulière à travers leur mécénat. 

A retenir : 

La famille de Médicis en France est représentée par deux femmes majeures : Catherine de Médicis (1519 – 1589) et Marie de Médicis (1575 – 1642)

Elles ont pour caractéristique commune d’être des femmes impliquées particulièrement dans le pouvoir à une période trouble en tant que régentes pour le compte de leurs enfants respectifs. 

Les trois volets qui caractérisent leur gouvernement sont une politique de conciliation pour la paix, une tentative d’établissement de la concorde entre les différentes confessions religieuses du royaume et un rôle important de mécène qui témoigne de leur rayonnement respectif et laisse une trace d’importance de leur passage dans l’histoire de France. 

Par Aurore Artignan pour Héritages

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