Les cinq églises romanes majeures d’Auvergne

Comment ne pas se laisser toucher par l’impression de quiétude qui se dégage des églises romanes, qui sont autant de havres dans lesquels on se réfugie volontiers au plein cœur de l’été pour rechercher leur douce fraîcheur bienfaisante…  L’art roman, dont on situe l’acmé au XIe – XIIe siècle, est un style propre à l’Europe Occidentale mais je vous propose plus particulièrement ici de faire un point sur quelques merveilles qui se trouvent en Auvergne, à savoir les cinq églises romanes majeures : Notre Dame du Port à Clermont, Notre Dame de saint Saturnin, d’Orcival et de Saint – Nectaire, puis St Austremoine à Issoire.

Ces églises sont dites « romanes majeures » en ce qu’elles sont restées bien conservées (pas de remaniements ou de destructions significatifs) depuis leur construction, ce qui nous permet de mettre en avant des constantes de l’art roman à son apogée.  Elles ont également pour caractéristique d’avoir été construites dans le courant du XIIe siècle et, semble-t-il, suivant des plans communs inspirés de l’ancienne cathédrale de Clermont. L’architecture intérieure de ces cinq églises est composée d’une nef dite voûtée en berceau plein cintre (voûte en demi – arc de cercle dont la longueur est supérieure à sa largeur). Cette nef est épaulée de part et d’autre de bas-côtés, eux aussi voûtés, au-dessus desquels se trouvent des tribunes qui ont pour rôle notamment de soutenir la voûte centrale en équilibrant les forces. La nef croise le transept de manière régulière (c’est-à-dire en formant un carré) et le transept possède des absidioles (petites chapelles formant des renfoncements) dans ses croisillons. Si l’on s’avance plus avant dans ces édifices, on arrive au chœur qui est entouré d’un déambulatoire et orné de chapelles rayonnantes (à part pour l’église Notre Dame de saint Saturnin). Concernant l’extérieur, la croisée du transept est surmonté par un massif « barlong » (de forme rectangulaire plus longue que large)  sur lequel se trouve un clocher. Ceci vient appuyer l’aspect « pyramidant » du chevet (la partie située derrière le maître autel de l’église, soit l’extrémité de l’édifice à partir du chœur). Penchons-nous maintenant sur les cinq édifices en question.

Notre – Dame du Port est située sur un emplacement dédié au culte chrétien depuis le VIe siècle puisque l’évêque saint Avit y fait alors construire une première église. Néanmoins, l’édifice que nous connaissons actuellement est réalisé au XIIe siècle et complété dans son intérieur au cours du siècle suivant. L’église a, bien sûr, connu quelques modifications au gré des années, tant du fait des aléas du temps (séisme au XVe siècle) que par les émotions populaires du XVIIIe siècle (destruction du mobilier intérieur et des cloches lors de la Révolution). Notre Dame de Saint Saturnin est, quant à elle, réalisée fin XIIe siècle sur un emplacement qui aurait été celui d’un monastère construit sous l’abbé Odilon de Cluny, vers 1040. Elle est, comme Notre Dame du Port, réalisée en arkose blonde (sorte de grès) et est la plus petite et plus tardive des cinq églises romanes majeures. La construction de Notre Dame d’Orcival commence vers 1150 et se termine une vingtaine d’années plus tard. Son édification est motivée par la présence d’une statue de la Vierge particulièrement vénérée et qui donne lieu à de nombreux pèlerinages en ce village d’Auvergne, qui se développe par ce biais. L’église de Saint Nectaire a été réalisée principalement dans la deuxième moitié du XIIe siècle, quand bien même les premières pierres (de lave trachyte et de tuf) ont vraisemblablement été posées dès la fin XIe siècle. Ses principaux instigateurs sont les moines bénédictins implantés à la Chaise Dieu. Ceci est également vrai pour St Autremoine d’Issoire en ce que cet édifice a été réalisé sous l’impulsion d’une communauté du même ordre.

Notre Dame de Saint Saturnin et Notre Dame du Port

Ces cinq églises sont marquantes pour les richesses architecturales dont elles disposent ; voyons en quelques-unes… Pour l’église de Notre Dame du Port, intéressons-nous à son portail sculpté. Bien qu’endommagé lors de la Révolution Française, on distingue dans la scène principale un Christ en majesté entouré de deux anges. Les scènes en dessous relatent trois moment de l’Enfance du Christ que sont l’adoration des trois rois mages dans l’étable, la présentation de Jésus au Temple par la Ste Vierge et le baptême du Christ, avec la figure d’un ange qui établit un parallèle avec les rois mages de la première scène, afin d’orienter le regard du spectateur vers le centre du tympan. On distingue des traces de couleurs qui nous permettent d’entrevoir ce à quoi ressemblait une église au Moyen Age : une église peinte et d’autant plus imagée de ce fait pour les personnes illettrées, comme le veut la fonction des vitraux. Prenons l’église d’Issoire pour mieux nous le figurer. Cette dernière est encore entièrement peinte (ces peintures firent l’objet de restauration au XIXe siècle mais rétablissent les coloris du XIIIe siècle), ce qui fait notamment ressortir les sculptures de ses chapiteaux qui racontent des épisodes bibliques. Cette même église est remarquable dans son extérieur par le chevet finement ouvragé de motifs en damier et de rosaces. L’édifice de Saint Saturnin possède des motifs semblables sur son chevet, quoique de manière plus modeste, obtenu à partir de pierre volcaniques foncées alternées avec l’arkose blonde. S’y trouve également des chapiteaux mais, eux aussi sont plus modestes que ceux d’Issoire et ressortent moins en ce qu’ils ne sont plus peints. Concernant l’église de Saint Nectaire, elle possède sensiblement les mêmes attributs que les deux précédentes en ce que son chevet est parsemé de rosaces dans les tons brun, noir et gris et que son chœur est entouré de chapiteaux sculptés sur le thème de la Passion du Christ. L’Eglise d’Orcival est également dotée d’attributs semblables.

Église d’Orcival et de Saint Nectaire

Mais l’architecture n’est pas la seule richesse de ces églises toutes dédiées d’une manière particulière à la Sainte Vierge, tant en ce qui concerne la statuaire que les décorations. Ainsi, nous avons vu que ce qui a permis le développement de l’église Notre Dame d’Orcival était la présence d’une statue de Vierge à l’Enfant. Cette statue, réalisée au XIIe siècle, est faite de bois recouvert notamment de feuilles d’argent, et trône dans le chœur de l’édifice. Il en va de même pour l’église de Saint Nectaire dont le trésor dispose d’une Vierge en Majesté peinte, dotée d’un manteau bleu fleur de lysé. La présence de Marie se fait à travers une fresque de l’Annonciation en l’église de St Saturnin, ainsi qu’une remarquable pieta datant du XVe siècle. A Notre Dame du port, c’est une statue miraculeuse de Vierge Noire (celle exposée est une reproduction du XVIIIe siècle) qui est inspirée des Vierges byzantines dites « de tendresse » qui accueille les pèlerins en qualité de patronne de l’édifice.

Église Saint Austremoine d’Issoire

Ces cinq églises romanes majeures sont donc des joyaux d’architecture en plus d’être des témoins de temps anciens. Reflet d’une période médiévale profondément chrétienne, ces lieux authentiques n’attendent plus que vous pour vous livrer leurs trésors ! Bonne visite en Auvergne !

Un commentaire sur “Les cinq églises romanes majeures d’Auvergne

  1. Félicitations ! Originaire de la région, j’ai pris un réel plaisir à lire cet article. Ces églises sont magnifiques et leur visite permet également de profiter des paysages verdoyants qui leur sert d’écrin. Des vacances à coup sûr réussies alliant nature et culture.

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