Et si nous revivions le 11 novembre 1918 heure par heure ?

Il est près de deux heures et quart dans la clairière de Rethondes. Il fait encore nuit noire. Une délégation allemande est amenée dans le célèbre wagon-restaurant mis à disposition pour cette journée qui restera à tout jamais gravée dans les mémoires. Trois heures durant, les dignitaires allemands essaient de négocier une dernière fois, sans succès, les conditions des trente-quatre articles compris par le texte de l’armistice. Les négociations prennent fin. Il est cinq heures du matin

À cinq heures et quart, Ferdinand Foch, généralissime des armées françaises et Matthias Erzberger, ministre du gouvernement allemand, signent l’armistice. Quelques gouttes d’encre viennent de sceller le destin de millions de soldats. Cet armistice est pourtant simplement provisoire, il est en fait signé pour trente-six jours. Il est reconduit plusieurs fois mais la sortie de la guerre ne sera actée que par le traité de Versailles signé six mois plus tard. Cet armistice entraine la victoire des alliés, la défaite des allemands mais surtout la fin de la guerre. Quinze minutes plus tard, un message est télégraphié de Foch à tous les commandants en chef des armées.  

Retour à Paris, il est désormais six heures du matin. Le général Mordacq, chef du cabinet militaire de Clémenceau, vient d’arriver rue Franklin pour le prévenir. Devant l’aube d’un jour naissant, le tigre est assis dans son cabinet de travail, il pleure en silence. Difficile d’imaginer les émotions par lesquelles passe « Le Père La Victoire » à cet instant précis.  

Nous voici de nouveau à Rethondes. Les autorités officielles descendent du wagon. Sept heures et trente-sept, telle est l’heure affichée sur la montre du maréchal Foch, celui-ci salue les civils et leur lance joyeusement « La guerre est finie mes enfants ! ». La photo officielle de l’armistice (voir ci-dessus) est prise afin d’immortaliser l’évènement. Le maréchal Foch prend ensuite une voiture pour Paris afin de porter le texte signé aux autorités officielles. Il arrive à neuf heures et demi chez Clémenceau et lui transmet le texte puis se rend auprès du président de la République. 

Le jour se lève et pourtant un dernier français vient d’atteindre le crépuscule de sa vie. Augustin Trébuchon, berger des Ardennes, meurt à dix heures et cinquante minutes à Vrigne-Meuse d’une balle reçue en pleine tête. Il est le dernier soldat tué lors des combats. La toute dernière offensive de la première guerre mondiale a été lancée deux jours avant afin de traverser la Meuse. Dix minutes après le drame, le clairon du 415ème, Octave Delaluque doit sonner le cessez-le-feu. Seulement, après trois années de conflit acharné, ce dernier ne se souvient pas des treize notes apprises lors de son service militaire. Le lieutenant Bonneval assis à côté de lui dans un trou d’obus lui sifflote alors l’air à jouer. Le soldat Delaluque peut bondir hors de la tranchée. 

À la onzième heure du onzième jour du onzième mois de l’année 1918, le cessez-le-feu devient effectif. Les sonneries des clairons retentissent et laissent place à un grand silence. Les soldats hébétés peuvent enfin respirer, leurs vies ne sont plus en danger. Très rapidement des volées de cloches se font entendre, c’est la fin d’une guerre qui a fait plus de seize millions de mort. A Paris, ce sont les tirs de mille deux-cents canons qui retentissent puis le gros bourdon de Notre Dame.  Dans la capitale, plus d’un million de personnes descendent dans les rues pour célébrer ce jour historique.  Auguste Avril, journaliste, dit de cet instant « Paris ressemble alors à une immense classe que surprend le signal joyeux de la récréation ». Tous les écoliers sortent d’ailleurs de cours et les ouvriers de l’usine, l’heure est à la fête. Il est quatorze heures et Paris est pris d’une fièvre patriotique, des chants retentissent, des cortèges se forment mélangeants soldats, femmes, enfants et ouvriers. 

Changement de décor, nous voici à la chambre des députés. Le Palais Bourbon accueille une longue ovation pour Clémenceau qui lit à seize heures le texte de l’armistice aux députés. Il prononce ces paroles, ému : « Je cherche vainement ce qu’en pareil moment, après cette lecture devant la Chambre des représentants de la France, je pourrais ajouter. (…) Un mot seulement. Au nom du peuple français, au nom du gouvernement de la République française, le salut de la France une et indivisible à l’Alsace et à la Lorraine retrouvées. Et puis honneur à nos grands morts qui nous ont fait cette victoire ! Nous pouvons dire qu’avant tout armistice, la France a été libérée par la puissance de ses armes, et quand nos vivants, de retour sur nos boulevards, passeront devant nous, en marche vers l’Arc de Triomphe, nous les acclamerons. ». Au même instant, la foule est réunie devant l’Opéra de Paris et entonne une Marseillaise. La séance des députés est suspendue puis reprend. Le projet de loi en hommage à Clémenceau et Foch est voté. 

Dix-huit heures déjà, Paris redevient la ville lumière après quatre années de guerre où tous les points lumineux étaient maintenus éteints afin de ne pas guider les bombardements. Les réjouissances durent jusque tard dans la nuit. Le préfet de Paris autorise exceptionnellement les établissements à rester ouverts jusqu’à vingt-trois heures. Retour chez Clémenceau. Lucide, ce dernier dit au général Mordacq « nous avons gagné la guerre et non sans peine. Maintenant, il va falloir gagner la paix, et ce sera peut-être encore plus difficile ». Prémonitoire, cette phrase semble déjà annoncer les heures les plus noires de l’histoire européenne… mais silence ! L’heure est à la célébration, la guerre est gagnée, Vive la République et vive la France ! 

La foule en liesse place de la Concorde à Paris

Par Mathilde Gadeyne pour Héritages

Sources

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