Le règne de Louis XIV en 5 min

« Le métier de roi est grand, noble et délicieux, quand on se sent digne de bien s’acquitter de toutes choses auxquelles il engage ; mais il n’est pas exempt de peines, de fatigues, d’inquiétudes. » Louis XIV

UN DÉBUT DE RÈGNE CHAOTIQUE MAIS FORMATEUR (1643-1660)

« Un roi dont la naissance miraculeuse promettait à tout l’univers une vie pleine de miracles. » Valentin Esprit Fléchier (1632-1710) Surnommé Louis Dieudonné en raison de sa naissance « miraculeuse » (survenue après 23 ans de mariage !), il succède à son père, Louis XIII, le 14 mai 1643, et devient Louis XIV, Roi de France et de Navarre. Cependant, la majorité pour régner étant fixée à 13 ans, c’est sa mère Anne d’Autriche, secondée par Mazarin (1erministre et parrain de Louis XIV), qui assure la régence. 

Dès son plus jeune âge, le jeune roi est confronté à une grave crise politique : la Fronde. En l’espace de quelques années, il assiste à des lits de justice houleux, reçoit des délégations parlementaires, fuit en pleine nuit le Palais-Royal, voit les Parisiens pénétrés dans sa chambre, est témoin des trahisons de son oncle Gaston d’Orléans et de son cousin le Grand Condé. Minée par les divisions et le jeu habile de Mazarin, la Fronde s’essouffle. Mais cette contestation du pouvoir royal marque profondément Louis XIV qui gardera une méfiance vis-à-vis du Parlement, de la population et des Nobles.   

Après la Fronde, Mazarin se charge lui-même d’éduquer le Roi. Louis XIV participe aux séances du conseil et est initié aux affaires les plus secrètes pour lesquelles il affecte beaucoup d’intérêt. Brienne évoque dans ses mémoires : « Il ne manquait jamais de venir prendre une longue leçon de politique après le conseil ». Cette éducation politique forge la personnalité du Roi, notamment sa « compréhension du gouvernement comme un art, ainsi que l’utilisation de l’art pour régner. »[1]

Le 16 juin 1654, le sacre en la cathédrale de Reims unie « le souverain à son Dieu, à son peuple et aux grands »[2]et reconnait officiellement Louis XIV comme une personne sacrée choisie par Dieu pour gouverner. Après plusieurs années de chaos, la monarchie a enfin retrouvé son prestige. Afin de sceller une paix durable avec l’Espagne, Mazarin négocie un mariage entre l’Infante d’Espagne et Louis XIV, lequel doit renoncer à son amour pour Marie de Mancini, nièce de Mazarin. C’est la raison d’État qui l’emporte. Le 9 juin 1660, dans un faste inouï, Louis XIV épouse Marie-Thérèse à Saint-Jean-de-Luz. Après la signature du traité de Westphalie et celui des Pyrénées, le cardinal Mazarin laisse à Louis XIV une position nouvelle sur la scène internationale.

LOUIS XIV AURÉOLÉ DE GLOIRE (1661-1690)

« Les Européens regardent le Roi de France comme le roi le plus grand et le plus puissant de l’Europe. Louis XIV est le plus grand roi qui ait été depuis le début de la monarchie. » Antoine Furetière (1619-1688) Au lendemain de la mort de Mazarin (10 mars 1661), et à la stupéfaction générale, Louis XIV déclare : « Jusqu’à présent, j’ai bien voulu laisser gouverner mes affaires par feu M. le Cardinal ; il est temps que je les gouverne moi-même. »Le roi entend diriger seul son royaume avec l’étroite collaboration de ministres, chargés de l’informer et de le conseiller. Pour cela, il écarte la Noblesse dont il se méfie lui préférant des professionnels de métier comme Colbert ou Louvois. Le Roi travaille quotidiennement en Conseils et s’intéresse aux moindres détails, estimant que « les empires, ne se conservent que comme ils s’acquièrent, c’est-à-dire par la vigueur, par la vigilance et par le travail ». Il distribue la parole aux ministres, écoute plus qu’il ne parle, et prend une décision toujours dans le but d’assurer, selon ses mots, « la grandeur de l’État ».

Et cette grandeur passe également par sa personne, l’image du roi et du royaume ne faisant qu’un. Le faste du Grand Carrousel de 1662 marque sa puissance aux yeux de ceux qui doutaient encore de lui. Il choisit pour emblème le soleil qui est « le plus noble de tous les astres »,et pour devise « Nec pluribus impar ». Tout au long de son règne, Louis XIV n’aura de cesse de hisser la France au premier rang des nations. Pour cela, le Roi entame une série de réformes « contribuant à la gloire du Roi et de l’État »concernant les finances, l’économie, la justice, la police, les sciences et les arts, et forme un État centralisé. Poursuivant son objectif d’assurer la sécurité du royaume, il fait ériger de nombreuses fortifications par Vauban (pré carré, citadelles, ceinture de fer), et agrandit considérablement les frontières par de nombreuses guerres.

Il affirme aussi son pouvoir en dotant la France d’un de ses plus beaux chefs d’œuvre : Versailles. D’un simple relais de chasse entouré de terres marécageuses, Le Notre, Le Vau, Hardouin-Mansart et Lebrun en font « un château qu’on peut nommer un palais enchanté, tant les ajustements de l’art ont bien secondé les soins que la nature a pris pour le rendre parfait. »[3]Versailles devient le symbole du rayonnement du Roi-Soleil, et par extension de la France. Au sein de ce palais, Louis XIV théâtralise sa vie, met au pas la Noblesse grâce à l’Étiquette, et organise de somptueuses fêtes inoubliables mêlant concerts, bals, pièces de théâtre, opéras, ballets, festins et feux d’artifice. Amoureux des arts et des lettres, il met en place une politique de mécénat royal et soutient les plus grands talents de son époque afin de magnifier la France : « le roi veut montrer sa propre gloire mais pas celle de sa propre personne, c’est la gloire de l’État et de la France. Il est l’inventeur de la politique spectacle d’aujourd’hui ».[4] C’est la consécration de l’hégémonie française. 

Sous l’influence des théologiens, Louis XIV souhaite unifier son pays clivé par les oppositions religieuses entre protestants et catholiques, et apaiser les tensions avec le Pape. C’est ainsi qu’il révoque l’Édit de Nantes en 1685. Si cette décision se révélera plus tard être une erreur politique, il s’agit de la décision la plus populaire auprès des Français de tout le règne de Louis XIV.

L’ECLIPSE DU SOLEIL (1691-1715)

« La France n’est plus qu’un grand hôpital désolé »Fénelon (1651-1715) Aux fastes et à la grandeur, succèdent l’austérité et la tragédie. En 1709, un froid sibérien connu aujourd’hui comme « le petit âge glaciaire » s’abat sur la France provoquant la mort de centaines de milliers de Français[5] : « Rien qu’à Paris, il est mort 24 000 personnes du 5 janvier à ce jour… On entend parler tous les matins de gens qu’on a trouvés morts de froid ; on trouve dans les champs des perdrix gelées. »[6]La misère s’installe et la guerre de Succession d’Espagne (1701-1714) finit de ruiner la France. Si « le Roi voudrait, aux dépend de tout, voir son peuple le plus heureux »[7]cette crise détruit l’unité sociale du royaume ainsi que la confiance que les Français ont pour le Roi. 

A Versailles, l’image du Roi-Soleil auréolé de gloire a laissé place à celle d’un Roi vieillissant, malade, se déplaçant sur sa « roulette » pour soulager son mal. Tous les plus grands esprits qui ont contribué à faire du XVIIème siècle « le Grand siècle » sont partis : Molière, Racine, Lully, Colbert, Le Nôtre, Le Vau, Le Brun, Hardouin-Mansart, La Montespan, Madame de Sévigné… ne laissant à Versailles que des souvenirs. 

Louis XIV doit également faire face à une tragédie familiale. Alors que sa descendance faisait l’admiration de toutes les cours d’Europe, Louis XIV, dévasté, voit disparaitre toute sa lignée en moins d’un an, à l’exception du petit Duc d’Anjou (futur Louis XV), ce qui plonge le Roi dans une profonde douleur, comme le commente Madame Palatine :« J’ai vu le Roi hier, à onze heures, il est en proie à une telle affliction qu’il attendrirait un rocher ; (…) à tout moment les larmes lui viennent aux yeux, et il étouffe ses sanglots. J’ai une frayeur mortelle qu’il ne tombe lui-même malade, car il a très mauvaise mine. Je le plains du fond de l’âme ».

En plus de cette douleur, Louis XIV est inquiet pour sa succession, sachant pertinemment (pour l’avoir vécu lui-même) que la régence est une période de grande instabilité pour la monarchie. Il rédige ainsi un testament limitant les pouvoirs de son neveu le Duc d’Orléans, dont il se méfie, qui s’empressera de le casser à la mort du Roi. Alité sur son lit à partir d’août 1715, ses forces l’abandonnent peu à peu. Avant de rendre son dernier souffle, il tient à dire adieu à sa famille dont son arrière-petit-fils auquel il confie :« Mignon, vous allez être un grand roi, mais tout votre bonheur dépendra d’être soumis à Dieu et du soin que vous aurez de soulagez vos peuples. (…) Ne m’imitez pas, mais soyez un prince pacifique, et que votre principale application soit de soulager vos sujets ». Puis, tel un comédien clôturant son dernier acte, il s’adresse aux grands offices de la cour en ces termes : « Je m’en vais, mais l’État demeurera toujours ; soyez-y fidèlement attachés ». Le dimanche 1erseptembre 1715, Louis XIV meurt mettant fin à un règne de 72 ans. Selon l’usage, le premier gentilhomme se rend alors sur le balcon de la chambre du souverain et annonce « Messieurs, le Roi est mort, vive le Roi ! »

Par Océane Guichard pour Héritages

A retenir : 

  • Traumatisé par la Fronde, Louis XIV se méfiera tout au long de son règne du Parlement, de la population, et surtout des Nobles qu’il rassemble autour de lui, sous son autorité, à Versailles. 
  • Roi bâtisseur, travailleur et guerrier, Louis XIV hisse la France au premier rang des nations et lui donne un rayonnement encore jamais atteint.
  • Ses mémoires codifient en quelque sorte le « métier de roi » pour lequel« l’intérêt de l’État doit marcher le premier ».

Sources :

  • Secret d’histoire, Louis XIV, L’homme et le roi : https://www.youtube.com/watch?v=JAafuflD5RU
  • Gonzague Saint-Bris, Louis XIV et le Grand siècle,éditions SW-Télémaque, 2012, 344 pages.
  • Lucien Bély, Louis XIV, le plus grand roi du monde, éditions Gisserot, 2005, 280 pages.
  • Les mémoires de Louis XIV pour l’instruction d’un Dauphin, Didier et compagnie Libraires Éditeurs, 1860.

Notes :

  • [1]Lucien Bély, Louis XIV : le plus grand roi du monde,éditions Gisserot, 2005, page 50.
  • [2]François Bluche
  • [3]Mots attribués à Charles Perrault
  • [4]Jean-Christian Petitfils
  • [5]La crise climatique commence en réalité dès 1687 pour atteindre son point culminant en 1709-10, ayant provoqué au total la mort d’un million de Français. 
  • [6]Lettre de Madame Palatine en date du 19 janvier adressée à Sophie de Bohême, Duchesse de Hanovre. 
  • [7]Paroles de Madame de Maintenon

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s