Une journée dans la peau d’un noble sous Louis XIV

Louis XIV souhaite être au cœur de l’attention de ses sujets, c’est pourquoi, nombreux courtisans l’entourent quotidiennement en participant à chaque étape de la journée du roi par son réveil, ses repas, ses promenades. À la Cour, on retrouve la famille royale, les domestiques, des artistes, des officiers et également une grande partie de la noblesse. Nous allons nous intéresser particulièrement à ces derniers. 

Origine de la Noblesse et inégalités

Louis XIV vit au quotidien entouré de sa cour, notamment de nobles qu’il invite chaque jour à participer aux différents moments de sa journée. La noblesse voit le jour dès l’Ancien Régime avec la noblesse d’épée (il s’agit de grandes familles anoblies par les hauts faits de la guerre). On met l’accent sur le courage, la bravoure et l’on considère qu’elle se transmet de père en fils. Viens ensuite au XVIe siècle la noblesse de robe (il s’agit de bourgeois anoblis, travaillant souvent dans la magistrature). À la différence de la noblesse d’épée, elle est créée par la volonté royale. Le roi se sert également de cette noblesse pour choisir ses futurs ministres et conseillers. Évidemment, chaque noble possède une reconnaissance particulière par le roi, par exemple avec la haute noblesse vivant à la cour, à la différence de la petite noblesse qui se trouve plutôt sur les terres. Mais même à l’intérieur de la cour, les inégalités demeurent. 

Scène quotidienne

L’étiquette « le centre de la mécanique de Cour »

Pour vivre au mieux à la cour de Versailles, le roi utilise l’étiquette, mise en place par Henri III. Il s’agit d’un ensemble de règles codifiant les règles de la vie quotidienne de ses courtisans, en particulier du comportement à adopter comme l’ordre d’arrivée dans une pièce. L’étiquette permettait la présence de certains nobles tout au long de la journée du roi, de son lever à son coucher. La disposition intérieure même de Versailles était réfléchie à cela, comme en témoigne Boulainvilliers dans son Mémoire de la noblesse de France contre les ducs et pairs.L’organisation se déroule selon les faveurs du roi en le gardant au centre de l’attention La chambre du roi constitue le centre géométrique du château.  Le corps central du château, au plus près du roi, est occupé par la famille royale au sens strict . Dans l’aile du midi on trouve les premiers princes du sang avec la disposition suivante. Dans l’aile du nord, on trouve  les princes légitimés.  Le reste de la cour est logé dans les entresols, les attiques du corps du château et des ailes. La taille des appartements dépend de la fonction occupée dans la Maison du roi. Les plus exigus comportent en général trois pièces : une antichambre, un cabinet et une chambre. D’autres sont beaucoup plus vastes.  L’avant-cour du château est réservée au service de l’État et au logement des ministres. Les fonctions sont ainsi nettement séparées : à l’avant du château les services concernant l’État, et côté jardins : les logements de la famille royale, des officiers des maisons royales et des courtisans. Le point de rencontre et de passage obligé est précisément l’appartement du roi. “La stratégie de l’Étiquette est le cœur d’un lieu de domination et de compétition au sein de la noblesse.

Versailles, une prison doré 

Bien que le souci de l’Étiquette était contraignant, pour le roi lui-même mais essentiel. En effet, la cour entière était mobilisée auprès du roi, permettant ainsi la sacralisation du Roi Soleil. Pour cela il organisait de nombreuses fêtes, parties de chasses, concerts, théâtre, etc. dans le but de divertir au mieux la cour. Il accorde aussi de nombreuses faveurs (des avantages) à ses courtisans ainsi que des avantages financiers. Les mémoires du Duc de Saint-Simon, écrit entre 1739 et 1749, est un bel exemple de la pensée des nobles séjournant à la cour : « Les fêtes fréquentes, les promenades particulières à Versailles, les voyages, furent des moyens que le roi saisit pour  tenir chacun assidu et attentif à lui plaire. Non seulement il était sensible à la présence continuelle de ce qu’il y avait de distingué, mais il l’était aussi aux étages inférieurs. Il regardait à droite et à gauche à son lever, à son coucher, à ses repas, en passant dans les appartements, dans les jardins de Versailles, où seulement les courtisans avaient la liberté de le suivre ; il voyait et remarquait tout le monde ; aucun ne lui échappait. C’était un démérite aux uns de ne pas faire de la cour son séjour ordinaire, aux autres d’y venir rarement, et une disgrâce sûre pour qui n’y venait jamais. »

Le roi danse, Louis XIV

Louis XIV en Apollon dans le ballet de la nuit

Versailles est donc un lieu de vie, de fête perpétuel, mais l’Etiquette est avant tout un outil politique. Louis XIV va l’utiliser pour renforcer son autorité royale et contrôler la noblesse. Il garde un souvenir marquant de la Fronde et du danger en cas de soulèvement de la noblesse. Pour cela, il veut les retenir au plus près et donc éviter l’ennui au sein de château en réalisant de nombreuses fêtes et activités qui rythment le quotidien. Le fait d’être présent au château apporte également de nombreuses faveurs aux courtisans, chacun s’y trouve logés, nourris et divertis, obligeant les nobles à rester dans cette prison doré, comme le montre Jean de La Bruyère, dans son œuvres Les Caractères (1694 pour la 9e édition, posthume): “Un noble, s’il vit chez lui dans sa province, il vit libre, mais sans appui ; s’il vit à la Cour, il est protégé, mais il est esclave ; cela se compense.” Louis XIV n’hésitait pas à donner des faveurs lorsqu’un noble était assidu à la vie de Cour. 

Une vie de cour, oui, mais à quel prix ? Le roi joue sur une dépendance morale mais aussi financière des courtisans. L’Étiquette codifie la cour, les nobles sont obligés de suivre les règles imposées par le roi. Mais cette vie coûte cher, par les tenues, les repas ou encore le logement, les nobles se retrouvent ainsi endettés et doivent se faire aider par le roi. Par le biais des faveurs, le roi apporte des logements plus ou moins confortables. Les plus avantagés sont logés au château, dans des appartements, même si on parle plus fréquemment de galetas (un logement très pauvre) on parle de “logeants”, ils participent pleinement à la vie du monarque, c’était un grand privilège réservé à seulement trois mille personnes. Mais cette proximité tant convoitée ne permet pas des conditions de vie décentes, en effet, les logements étaient généralement exigus, sans cuisine. Il y faisait extrêmement froid, aucun feu n’était possible en raison du risque d’incendies. De plus, la saleté était présente, notamment des odeurs désagréables. Sans oublier les nuisances sonores, Versailles comme lieu de fêtes et de plaisirs, il était bien difficile de se reposer entre les passages incessants dans les couloirs, la musique, les rires des foules de courtisans. Cette noblesse qui se pare de ses plus beaux tissus et bijoux fait des envieux, beaucoup de Vide-Goussets (des voleurs) sont présents à la Cour et se servent dans les appartements, montrant ici aussi un lieu d’insécurité. 

Louis XIV attire l’attention sur lui en faisant en sorte de garder au plus près les nobles. Pour avoir une totale maîtrise, il met en place de nombreuses méthodes. Ainsi, il accorde des faveurs et crée notamment l’étiquette. De tous temps, les nobles cherchent à être dans les bonnes grâces du Roi Soleil en allant pour cela jusqu’à renoncer au confort.

Pour aller plus loin :

Par Faustine Landier pour Héritages

1 Comment

Laisser un commentaire