Potion magique ? Sangliers ? Irréductibles gaulois ? Découvrez la vraie vie des Gaulois !

« Nous sommes en 50 avant J.C. Toute la Gaule est occupée. Toute ? Non ! Un village peuplé d’irréductibles Gaulois résiste encore et toujours à l’envahisseur. Et la vie n’est pas facile … » Vous souvenez-vous de ces lignes introduisant chaque BD d’Astérix ? Peignant l’image de Gaulois bagarreurs, chasseurs, vivant dans un petit village dépourvu de toute civilisation et illustrant le mythe gaulois sorti des vieux manuels d’Histoire ?Cependant, c’est une tout autre réalité qu’ont mis au jour les fouilles archéologiques et les recherches de ces dernières années. Alors, qui sont réellement les Gaulois ?  Voici quelques réponses permettant de dresser un tout autre portrait du Gaulois, loin du mythe barbare…

Plutôt petit village désorganisé et isolé ou société bien structurée ? 

A l’opposé des récits des vieux manuels d’Histoire, les Gaulois ne vivent ni dans des petites huttes rondes, ni dans un petit village perdu au milieu de la forêt. Les Gaulois résident dans des villes, des Oppida (entre la fin du IIe et Ier siècle avant notre ère) protégées par des remparts qui impressionnent César lors de la conquête romaine. Leur société est codifiée et leur ville organisée en plusieurs quartiers : quartier des artisans, quartier résidentiel (population plus riche), quartier religieux et politique (Assemblée et Sénat). La ville de Bibracte témoigne au mieux de ce qu’étaient les oppida. 

La demeure gauloise est haute et de forme rectangulaire, organisée autour d’un foyer central qui sert à cuisiner et à se chauffer. La toiture est toujours inclinée et construite en chaume ou en tuile de bois en fonction des régions. Le chaume est un matériau souple, durable et imperméable, offrant une bonne isolation thermique et phonique. Ainsi, même avec des températures négatives, la demeure peut garder une vingtaine de degrés. Entre le chauffage au bois, les matériaux naturels et l’isolation, les Gaulois inaugurent l’énergie basse consommation de l’époque ! 

De grands chasseurs de sangliers ? 

Là encore, on est bien loin de l’image d’Obélix qui chasse à tout va le sanglier pour se nourrir. Les Gaulois sont de grands éleveurs. Et cette image erronée de chasseur vient des premiers archéologues qui ont confondu leurs cochons d’élevage avec des sangliers ! Cet animal était d’ailleurs sacré chez les Gaulois et donc rarement chassé.

En réalité, ils cultivent du blé qu’ils exportent en abondance, de l’orge, de l’avoine, des plantes légumineuses (fèves, pois), et oléagineuses (chanvre et lin).  Afin de développer leur culture, ils utilisent les fumures pour enrichir le sol, l’araire (qui n’est pas une invention du Moyen-Âge !), la moissonneuse, pratiquent la rotation des cultures, et ont recours aux animaux de trait. Pour stocker la nourriture, les Gaulois utilisent le silo (fosse creusée dans le sol), le grenier, la cave et des récipients en poterie.

© Les éditions Albert René/Goscinny-Uderzo

Un repas quotidien peut donc être composé d’une viande (porcs, bœufs, chevaux, moutons, et parfois chiens) accompagnée d’oignons, de carottes blanches, de fèves, ou de graines de blé bouillies ; et suivie d’une galette à base de farine de blé, de miel et de noisettes. Ils boivent principalement de l’eau et de l’hydromel, et chaque famille confectionne sa propre cervoise. Ils raffolent du vin qu’ils importent d’Italie afin d’en consommer pendant les grandes occasions (notre champagne actuel !). Uderzo et Goscinny ont donc visé juste au sujet des banquets ! Ceux-ci se tiennent lors de fêtes religieuses, guerrières ou politiques, mais restent des moments très codifiés. Posidonios d’Apamée, auteur grec du Ier siècle avant notre ère, explique : « Lors des banquets, les convives s’installent sur des litières de paille ou de branchage déposées sur le sol. On mange assis, les Agapes peuvent donc s’éterniser. Pour manger, les Gaulois forment un cercle montrant la solidarité du groupe. Les servants d’armes s’inscrivent dans un second cercle derrière celui des maitres, mais ils sont également assis. Privilège qui marque la haute considération qu’on leur porte. Les esclaves font circuler la boisson et les mets. On boit à même la coupe. »

Des Fashionistas ? 

Comme Astérix et Obélix, ils portent bel et bien des braies (l’ancêtre du pantalon), plus confortables et pratiques que la petite jupette de leur ennemi romain.  En haut, ils portent une tunique, et par-dessus celle-ci, le sayon, une cape de laine qu’on agrafe avec une fibule (broche). Les femmes ne portent pas encore de pantalons, mais de longues robes. Ils chaussent des brogues (chaussures en cuir – les Gaulois sont des spécialistes de la tannerie). Le vêtement est fait de lin, de chanvre, ou de laine ; il est donc chaud, confortable et résistant ! 

Leurs habits sont généralement colorés ou à motifs (carreaux). Pour cela, ils utilisent des plantes colorantes comme la Guède pour le bleu ou la Fougère pour le jaune, ainsi qu’un métier à tisser.  Les membres de classes privilégiées pouvaient revêtir des habits en soie ou brodés de fil d’or. Les femmes et les hommes portent des bijoux (des parures métalliques) comme des bracelets ou des boucles d’oreilles.  Concernant le soldat gaulois, il porte une cotte de mailles (qui n’est pas non plus une invention du Moyen-Âge !), un casque (sans ailes !) avec des protège-joues (paragnathides), une épée/lance et un bouclier en bois recouvert de cuir (et le chef ne se tient pas debout dessus ! On est plus proche de l’époque de Clovis pour cela).

Et niveau hygiène ? 

Les Gaulois sont les inventeurs du savon ! Fait à base de cendre et graisse animale (réaction de saponification), leurs savons sont aussi efficaces que les nôtres.  Ils font attention à leur apparence en se servant de pinces à épiler, cure-oreilles, coupe-ongles (connus depuis fin de l’âge du bronze en 750 avant JC), de forces (ancêtre des ciseaux) et de rasoirs. 

Des artisans hors pair !

Les archéologues ont retrouvé des objets témoignant de la grande technicité et du talent des artisans gaulois, notamment pour les outils agricoles. La perfection d’un joug gaulois évoque ceux qu’utilisaient les paysans jusqu’à la première moitié du XXème siècle. La boissellerie et la charronnerie sont des métiers dans lesquels les Gaulois excellent ; raison pour laquelle les termes techniques de la charronnerie sont d’origine celtique (char). Les fouilles ont également révélé des objets à forte valeur illustrant leurs talents artistiques : vases luxueusement décorés, bijoux et ornements attestent d’une grande maitrise de l’orfèvrerie.

La potion magique de Panoramix 

Les druides ont bel et bien existé, d’autant plus qu’ils étaient très importants dans la société gauloise. Ce sont avant tout des sages et des savants aux compétences scientifiques très étendues. Ils appartiennent à ces intellectuels de l’Antiquité (équivalents des grands prêtres égyptiens, et surtout des philosophes grecs). Ils interprètent la volonté des Dieux et transmettent le savoir oral. Leurs connaissances de la nature leur permettent de constituer des remèdes (leur véritable potion magique) pour soigner les maux des Gaulois, comme un médecin aujourd’hui. Ils ont également un rôle prépondérant dans l’organisation du monde celtique, revêtant des responsabilités politiques et judiciaires. Chaque année, les druides se réunissent au pays des Carnutes (forêts des Carnutes) pour régler les conflits entre particuliers ainsi qu’entre différents peuples. La justice est donc déjà indépendante du pouvoir politique !

Panoramix, © Les éditions Albert René/Goscinny-Uderzo
Druide cueillant le gui, Dessin réalisé par Henri Dimpre qui servit d’illustration pour un manuel d’histoire de Cours élémentaire paru chez Nathan en 1955.

A retenir :

  • Contrairement à de nombreuses idées reçues, la société gauloise est codifiée et structurée. Les Gaulois se regroupent dans des oppida (agglomérations fortifiées et organisées) reliées entre elles par un réseau routier. Celles-ci peuvent parfois abriter jusqu’à 10 000 personnes ! 
  • Loin de l’image du chasseur de sangliers, les Gaulois sont de grands éleveurs et agriculteurs. Ils cultivent l’orge, l’avoine, le blé (qu’ils exportent en grande quantité), des plantes légumineuses (fèves, pois), et oléagineuses (chanvre et lin). L’essor agricole repose en grande partie sur la production intensive d’outils en fer (la faux), et l’innovation de pratiques agraires (semis, sarclage).
  • Ce sont des artisans hors pair !  L’artisanat occupe une place très importante dans la société gauloise. Ils excellent notamment dans le travail du métal afin d’améliorer l’armement (cotte de mails, épées) et la charronnerie. Ils sont également de grands charpentiers, menuisiers et potiers. 

Sources

David Louyot, Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les Gaulois sans oser demander à Astérix, Acropole, 2011, 238 pages.

Les druides et la religion, par Jean-Louis Brunaux : 

Au cœur de l’histoire : Qui étaient vraiment les Gaulois ? par Frank Ferrand,

E=M6, Les Gaulois :

Le vrai visage des Gaulois / Documentaire Histoire / Sciences :

https://www.geo.fr/histoire/qui-etaient-vraiment-les-druides-201815

Par Océane Guichard

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