Travailler dans la Gaule romaine

Quels étaient les labeurs des Gallo-romains, entre le Iersiècle et le Vesiècle après Jésus Christ ? Pas aussi variées qu’à notre époque, les « professions » – comme nous dirons aujourd’hui – demandaient un savoir-faire transmis le plus souvent par les parents ou la famille proche de l’individu. Ainsi, pouvons-nous voir apparaître des familles spécialisées dans une production spécifique et plus tard, de véritables corporations de métiers où l’entrée était réservée aux proches de ceux qui en étaient adhérants.

Leconte Patrice (dessinateur), Une ferme gallo-romaine, Ploëzal La Roche-Jagu, Exposition Mai 1999, Musée de Bretagne.

Les travaux et métiers mènent incontournablement au commerce, à l’échange ou à l’achat des objets de production. L’artisan vend ou échange ses productions manufacturées, l’agriculteur vend ou échange ses récoltes, l’éleveur vend ou échange ses bêtes. Nous sommes dans une société où le commerce s’effectue localement mais peut aussi bien être international, surtout dans les zones portuaires, notamment en Méditerranée. Si les écrits sont rares par le peu de documentations écrites de l’époque gallo-romaine, l’archéologie permet de rendre une certaine visibilité sur la production d’objets et des professions qualifiées des populations de la Gaule. Nous pouvons analyser et bien distinguer le travail du métal, celui de la poterie, du bois ou encore de l’agriculture et de l’élevage. Ici, il convient de traiter qu’une grande majorité de la population, tant la multitude de petits métiers très spécifiés ne peut être étudiée en quelques lignes.

Les activités du métal

Il faut remonter environ à plus de trois millénaires avant Jésus Christ pour observer le début du traitement du cuivre en Gaule, puis du bronze et enfin du fer, vers le Vesiècle avant Jésus Christ. Au Iersiècle après Jésus Christ, ces techniques sont donc déjà bien installées au sein de ces sociétés. Le métal, comme le fer, est extrait des mines[1]par des ouvriers ou des esclaves. Le métal, une fois traité, est acheminé vers des ateliers spécialisés afin d’être travaillé pour la confection d’objets. Chaque localité ou regroupement de population possède son propre forgeron, faisant de cet artisan qualifié l’un des plus importants de la communauté. Le forgeron fabrique de petites pièces métalliques permettant le travail quotidien comme des clous ou des tenons ; mais aussi des éléments de parures comme des boucles de ceintures souvent en bronze, ou des outils beaucoup plus spécifiques comme des marteaux, des outils agricoles, des enclumes, des chaînes. Enfin, le forgeron peut travailler l’armement en forgeant des épées, des boucliers ou des parties de l’armure.

La production de la poterie

La poterie, originaire de Grèce et de Rome, est très utilisée sous l’Antiquité. Elle est utilisée dans pratiquement tous les domaines de la société[2]. Nous pouvons la rencontrer comme récipient pour servir ou contenir la nourriture et les liquides, mais aussi pour recevoir les libations lors des cérémonies cultuelles. Afin de travailler la terre cuite, les communautés d’habitants devaient posséder un atelier de céramiques dans lequel travaillaient des potiers qualifiés en fabriquant des objets artistiques comme des statuettes. Avant l’arrivée des Romains en Gaule, les Gaulois utilisaient déjà couramment la poterie mais celle-ci n’était que très simpliste, sans décors. À partir du Iersiècle, l’influence romaine transforme les techniques gauloises et les poteries s’adaptent au style romain. Elles deviennent plus claires et les motifs décoratifs remplacent la simplicité gauloise. Rapidement, des spécificités régionales apparaissent et au IIesiècle, les styles des poteries varient selon le lieu de son élaboration.

Le travail du bois

Tout comme la pierre, le bois est le matériau le plus utilisé durant l’Antiquité. Dans une Gaule encore très peu urbanisée et peu densément peuplée, la Gaule n’est encore qu’une immense forêt et le bois abonde. La plupart des infrastructures et des bâtiments sont composés ou intégralement constitué de bois. Les bûcherons et les artisans du bois taillent alors des poteaux ou des poutres afin de créer l’armature ou les charpentes des maisons. Il ne faut pas oublier que le bois constitue le combustible essentiel pour chauffer les demeures et entretenir le foyer principal sur lequel on prépare les repas mais aussi la terre cuite pour la poterie, sur lequel on alimente la forge pour la confection des objets métalliques.

Leconte Patrice (dessinateur), Une ferme gallo-romaine, Ploëzal La Roche-Jagu, Exposition Mai 1999, Musée de Bretagne.

L’agriculture et l’élevage

Les céréales étant l’alimentation de base des populations antiques, l’agriculture constitue l’activité la plus répandue en Europe dont en Gaule. L’agriculteur est aussi éleveur car celui-ci possède des bêtes aidant l’homme à travailler la terre. La plupart des familles gallo-romaines possèdent des volailles, des ovins ou des bovins au sein de leur exploitation agricole et travaillent en famille ou en communauté villageoise les terres attachées à l’exploitation. Les Gallo-romains font essentiellement l’élevage de moutons, de chevaux, de porcs, de bœufs pour la consommation de viande, du lait ou de la laine[3]. Après le travail de la terre, les récoltes sont ensuite redistribuées aux artisans tels qu’aux boulangers[4]des petites localités ou dans les plus grandes agglomérations afin de nourrir les citadins.

Conclusion

Il est difficile de vraiment parler de « métier » ou de « profession » à l’époque antique comme nous le comprenons aujourd’hui. Il serait probablement plus judicieux de parler « d’activité » car un individu peut avoir plusieurs spécialités. D’ailleurs, il est courant qu’une personne sache maîtriser le bois, la poterie et l’agriculture afin d’être plus polyvalent, dans une société où l’habileté et l’ingéniosité devaient régir l’activité des hommes.

Bibliographie

DUVAL (Paul-Marie), « Notes sur la civilisation gallo-romaine. I. Vulcain et les métiers du métal », in Gallia, tome 10, 1952.

DUVAL (Paul-Marie), « Un art industriel : la poterie gallo-romaine », in Travaux sur la Gaule (1946-1986) Rome : École Française de Rome, 1989.

LEPETZ (Sébastien) et MATTERNE (Véronique), « Élevage et agriculture dans le Nord de la Gaule durant l’époque gallo-romaine : une confrontation des données archéologiques et carpologiques » in Revue archéologique de Picardie, n°1-2, 2003.

REDDÉ (Michel), « Les scènes de métier dans la sculpture funéraire gallo-romaine » in Gallia, tome 36, fascicule 1, 1978.


[1]DUVAL (Paul-Marie), « Notes sur la civilisation gallo-romaine. I. Vulcain et les métiers du métal », in Gallia, tome 10, 1952, page 44.

[2]DUVAL (Paul-Marie), « Un art industriel : la poterie gallo-romaine », in Travaux sur la Gaule (1946-1986) Rome : École Française de Rome, 1989, page 1114.

[3]LEPETZ (Sébastien) et MATTERNE (Véronique), « Élevage et agriculture dans le Nord de la Gaule durant l’époque gallo-romaine : une confrontation des données archéologiques et carpologiques » in Revue archéologique de Picardie, n°1-2, 2003, pages 28-33.

[4]REDDÉ (Michel), « Les scènes de métier dans la sculpture funéraire gallo-romaine » in Gallia, tome 36, fascicule 1, 1978, pages 55.


Pour aller plus loin :

Par Émilien Vaille

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