Zoom sur Napoléon franchissant le Grand Saint-Bernard

Vers 1800, David réalise un portrait équestre de Napoléon Bonaparte lors d’un épisode, celui d’un enjeu politique avec l’Autriche qui sera une victoire pour le Premier Consul. L’épisode a lieu le 14 juin 1800. Récit d’une victoire, qui va servir à montrer la puissance du grand dirigeant français.

David, « Bonaparte franchissant le Grand-Saint-Bernard », 1801, huile sur toile, 260×221 cm château de Malamaison musée national du château.

Bonaparte est à ce moment la, Premier Consul en France. Il part en 1800 pour effectuer une campagne en Italie contre les Autrichiens qui sont en position de force justement en Italie. L’Autriche assiège les Français à Gênes, Napoléon réplique en faisant passer ses troupes par le col du Grand Saint-Bernard. C’est un exploit technique au vu des conditions climatiques très difficiles. C’est une victoire puisque l’Autriche, surprise, ne se retrouve pas préparée pour l’affrontement de Marengo, le 14 juin 1800. 

En réalité, il existe non pas un, mais cinq versions du tableau. La première version est une commande passée en 1800 à David par le roi d’Espagne Charles IV. Cet achat était un outil politique, pour réaliser une entente entre le royaume d’Espagne et la France. Les trois suivantes, sont commandées par Bonaparte, afin de montrer sa gloire politique. Chaque tableau se ressemble, on retrouve seulement des variations de couleurs. Enfin la dernière, qui n’est pas le fruit d’une commande mais qui sera conservée par l’artiste lui-même.  

L’artiste représente Bonaparte franchissant les Alpes, dans la campagne italienne. Il sort vainqueur de cette grande bataille. On y voit Napoléon Bonaparte, hissé sur son cheval dans une posture cabrée et indiquant la direction par l’aide de son bras. L’artiste joue sur l’idée de mouvement en utilisant la cape ou encore la queue du cheval. On aperçoit également la montagne derrière ainsi que les soldats au second plan, mais l’artiste s’intéresse principalement à Napoléon dans un enjeu politique. 

David représente ici le portrait d’un Héros. Héros de la nation, qui guide son armée, lui en première ligne, qui montre le chemin. La posture du portrait équestre soulignée par la lumière, lui donne l’aspect d’un vaillant personnage de l’antiquité et accentue l’idée d’un guerrier en route. Assis sur son cheval cabré mais qui pourtant se tient sans effort à la différence des soldats derrière et du ravin qui l’entoure. Héros par sa taille, au premier plan, il occupe une grande partie de l’œuvre. Cette vision du héros est bien évidemment voulu, pour permettre d’assouvir sa grandeur de son vivant ainsi que pour laisser une trace de sa grandeur. 

Le tableau s’inscrit dans une tradition de portrait équestre qui remonte à l’Antiquité. David s’inspire régulièrement de l’art antique, c’est le cas ici. Napoléon va chercher une certaine continuité avec les premiers dirigeants. David va réaliser une référence historique en inscrivant le nom sur le sol du col, Charlemagne et Hannibal en dessous du sien. Les deux hommes ont également franchi les Alpes, mais Napoléon qui n’est pas encore empereur montre sa grande ambition de marcher à la suite des deux hommes.  

Un artiste qui cependant va embellir la réalité. En effet, on sait que Napoléon n’était pas aussi richement vêtu, il fallait agir vite et les conditions climatiques n’étaient pas excellentes. Il était donc vêtu d’un simple uniforme militaire bleu, recouvert  d’une redingote blanche et sur sa tête, un bicorne couvert de toile cirée. De plus, la monture n’était pas aussi prestigieuse, puisqu’il s’agissait non pas d’un cheval mais d’une mule. Ce n’était pas lui qui indiquer le chemin mais bien un guide. 

50 ans plus tard, un autre artiste, Delaroche, va représenter la même scène en montrant une réalité moins idyllique. En effet, on y voit déjà un contraste entre le traitement des couleurs, le tableau devient plus froid, on ne cherche plus à montrer une vision idéaliste du chef militaire mais l’artiste cherche ici à être plus proche de la réalité. Cela s’exprime par la simplicité de la tenue, la mule, la fatigue sur le visage, la lumière sombre du paysage hivernal. Le franchissement des Alpes apparaît comme difficile ici. L’image de Bonaparte n’est plus celle d’un guide mais bien d’une personne guidée et qui subit la traversée. 

Delaroche, Bonaparte franchissant les Alpes, 1848, Huile sur toile, Paris, Musée du Louvre

Bien plus qu’un épisode raconté, David nous offre l’image d’un Premier Consul héroïque à l’image de l’antiquité au sommet de sa puissance.


Sources

Par Faustine Landier

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