Qui est le plus grand stratège de l’histoire de France ?

  A la suite du bicentenaire de la mort de Napoléon 1er, un humoriste et chroniqueur affirmait que ses victoires n’étaient dues qu’à la supériorité démographique de la France sur le reste de l’Europe. Pourtant, la réalité est bien différente …mais ce propos a le mérite de nous amener à nous demander si Napoléon est bien un véritable stratège militaire ? Pour cela nous allons analyser ses principales innovations dans la préparation des guerres puis durant la bataille avant de terminer par les exploitations de celles-ci tout en montrant qu’elles sont toujours d‘actualité.

 I- La préparation de la guerre

L’ambulance volante du Baron Larrey

Napoléon, à l’instar des grands chefs militaires, a su transformer et adapter son armée aux changements apparus dans cette période de transition en cette fin du XVIIIe siècle, dont la taille s’est rapidement démultipliée. C’est pourquoi l’Empereur s’est vite rendu compte que le système d’approvisionnement (en armes,vivres etc ..) des troupes, hérité de l’Ancien Régime qui recourait à des compagnies privées comportaient de multiples défauts, le plus important étant son manque de fiabilité. Ainsi, il se dota du TRAIN (Transport de Ravitaillement des Armées Napoléoniennes ), le 26 mars 1807, afin de répondre à ces problématiques. On retrouve d’ailleurs toujours celui-ci au sein de l’Armée française. Par ailleurs, la prise en charge des blessés, élément fondamental pour le moral des soldats comme pour le fonctionnement de l’Armée et de l’Empire car, ces blessés, si ils survivent pourront continuer à servir l’effort de guerre à différentes échelles selon leurs possibilités. Ce service, réformé par le Baron Larrey peut aller chercher des blessés directement sur le front grâce à des « ambulances-volantes » et à un système de chirurgiens expérimentés et dévoués capable de réaliser une amputation en cinq minutes en moyenne, c’est la naissance de la « médecine d’urgence » actuelle . A cela s’ajoute la création d’hôpitaux militaires sur l’ensemble du territoire de l’Empire (restauration des Invalides qui retrouvent leur fonction d’origine sous le Consulat par exemple). Enfin la préparation de la guerre chez Napoléon ne pouvait être aussi efficace sans une restructuration du commandement, où il rompt avec le système révolutionnaire qui privilégiait des hommes tel que Santerre, aux idéaux politiques  en accord avec le gouvernement  en place plutôt que leurs véritables dispositions à l’art de la guerre. Ainsi, Bonaparte s’entoura de chefs militaires aux talents  et origines divers : Davout, le stratège, descendant d’une vielle famille d’officiers nobles, Lannes, fils de paysan pauvre et l’un des plus grands maréchaux de cette période, Murat, fils d’aubergiste et incroyable meneur d’hommes  etc …Mais à ces chefs hors-pairs, situé tout en haut de la hiérarchie militaire, cohabitaient civils et militaires spécialisés au sein des Etats-Majors, notamment dans les domaines de l’intendance et de la Trésorie. En outre, on trouvait un grand nombre d’ingénieurs typographiques ( 5eBureau de l’État-major) , guidés par moult agents de renseignement auxquels rien n’échappait. Cette activité fut d’ailleurs théorisée par Jomini, qui avait eu l’occasion de la voir à l’œuvre durant les guerres de l’Empire : « Un général ne doit rien négliger pour être instruit des mouvements de l’ennemi, et employer à cet effet des reconnaissances, des espions, des corps légers conduits par des officiers capables, enfin des officiers instruits chargés de diriger aux avant-gardes les interrogatoires des prisonniers ».

II-Durant les batailles

François Gérard, La bataille d’Austerlitz le 2 décembre 1815. Huile sur toile conservée qu Musée de Trianon.

Si Napoléon fit montre d’un talent de stratège hors-pair durant la préparation des conflits, il brilla tout autant durant leurs déroulés. En effet, artilleur de formation et influencé par les travaux de Guilbert et de Gribeauval, il comprit bien avant ses ennemis l’intérêt de cette arme destructrice à condition d’être couplée à une utilisation coordonnée de la cavalerie et de l’infanterie. Cette combinaison lui assura donc l’avantage jusqu’en 1809, date à laquelle Autrichiens et Russes l’adoptèrent par comportement mimétique selon l’analyse de René Girard (1) ; en particulier ces derniers qui s’en souvinrent longtemps puisque l’Armée Rouge avait comme doctrine « pas un pas sans canons ». En outre, en accord avec les acquis de la Révolution, il utilisa l’infanterie de manière dynamique, c’est-à-dire en colonnes et non plus en lignes  comme sous l’Ancien Régime, c’est donc la transformation de l’effet du feu en l’effet de masse, permise par les effectifs importants amenés par la conscription. De plus, Napoléon usa de la célérité et de la surprise dans ses campagnes, procédé permis justement par des préparatifs minutieux des campagnes comme expliqué précédemment, ce qui prit de cours les vielles monarchies européennes. D’autant plus qu’à cela s’ajoute la ruse, qui puise son inspiration dans des cartes très précises à sa disposition, dont le principal exemple reste Austerlitz, ces éléments donnaient donc, pour Jean Tulard « des batailles déjà gagnées avant d’être engagées » (2).

III-L’exploitation des victoires

Formation en carré, avec double rangée de soldats (Lejeune, « Bataille de la Moskowa » © RMN)

Napoléon, sut mieux que tout autre « grand capitaine » exploiter ses victoires. En effet, il « dosa » les poursuites de ses adversaires par sa cavalerie légère (comme les Hussards de Lasalle par exemple) afin de négocier au mieux la paix. Ainsi, se montra clément envers ses adversaires comme après la victoire de Iéna où il négocia la paix avec le roi de Prusse. Cependant ce ne fut pas toujours le cas comme à Austerlitz, où il rechercha l’anéantissement de l’armée adverse. Mais il sut aussi se faire apprécier des peuples conquis en leur apportant les idéaux de la Révolution ainsi que ses propres innovations (Code Civil, administration …), ce qui fit du XIX e s « le siècle des Révolutions ». Enfin, en ce qui concerne ses troupes et son Empire, Bonaparte batit un sentiment d’invulnérabilité par ses victoires et leur mise en avant grâce aux Bulletins de la Grande Armée. D’autant plus que la relation particulière qu’il créa avec ses hommes grâce à son image romantique de « petit caporal » vivant dans des conditions spartiates lui assura une affection indéfectible qui l’accompagna jusqu’au désastre de Waterloo malgré son échec  lors la campagne de France en 1814.

En conclusion, Napoléon fut un véritable stratège tel que définit par John Tolan : « un réformateur inspiré, un chef charismatique, un général hors-pair » qui mérite toute sa place parmi les « grands capitaines » de l’histoire militaire. En effet, sa compréhension des évolutions de la guerre qui se jouèrent à son époque (démultiplication de la taille des conflits, prépondérance de l’artillerie, nécessité de créer un système de santé et approvisionnement sûr et  efficace, célérité et surprise tout au long des campagnes sont autant d’éléments qui fondèrent le principe des guerres modernes qui perdura jusqu’en 1950. En outre, ses innovations au sein de l’organisation de la Grande Armée composent toujours l’ossature de l’Armée française, tout comme ses batailles, qui continuent d’inspirer 200 ans après sa mort de nombreux officiers, tout comme lui avait puisé son inspiration dans ses illustres prédécesseurs qu’il admirait tant…

Notes de bas de page

1)  théorie démontrée dans  Achever Clausewitz de René Girard, 2007

2) Tulard Jean, Napoléon chef de guerre

SOURCES

Pour aller plus loin :

Par Lucas Bertrand

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