Enquête sur la mort de Napoléon

« Je meurs prématurément assassiné par l’oligarchie anglaise ». 

Napoléon à Sainte-Hélène

Mort de Napoléon © Napoleonmuseum, Arenenberg

Nous sommes le 5 mai 1821 à Sainte-Hélène, plus précisément à Longwood. Il est 17h49 lorsqu’après une lente agonie de dix-huit heures, l’ogre qui a fait trembler l’Europe pendant 15 ans expire son dernier souffle sur cette petite île lourdement gardée.

Le lendemain, son décès est officiellement constaté par le gouverneur de l’île, Sir Hudson Lowe. Et, selon la volonté de l’Empereur, une autopsie est pratiquée. Après un consensus entre les rapports d’autopsie britanniques et français, le verdict tombe : la mort est due à un cancer de l’estomac ou du pylore.

Pourtant, dès l’annonce de sa mort, des rumeurs d’empoisonnement circulent en Europe. En 1821, Napoléon n’était âgé que de 52 ans et avait dominé toute l’Europe. Sa destinée exceptionnelle rend le naturel de sa mort douteux pour de nombreuses personnes, et la version officielle de la cause de son décès a été de nombreuses fois remise en cause. Près de 200 ans après sa mort, le mystère continue d’hanter les esprits. 

Napoléon est-il mort empoisonné ?

C’est ce qu’affirme le médecin suédois Sten Forshufvud dans les années 1960. Ce féru de toxicologie s’intéresse alors aux Mémoires de Marchand, valet de Napoléon. A la lecture du document, le docteur croit reconnaître les signes d’un empoisonnement à l’arsenic dont le coupable est tout désigné : Montholon (sa femme est devenue la maîtresse de Napoléon à Sainte-Hélène). Pour prouver ses dires, il se procure plusieurs mèches de cheveux de Napoléon de diverses manières. A l’analyse, le résultat est sans appel : les cheveux présentent une certaine concentration en arsenic depuis 1805. Pour Forshufvud, nul doute, Napoléon a subi une intoxication à l’arsenic !

Quelques années plus tard, dans les années 90, le milliardaire canadien Ben Weider, passionné d’histoire moderne, est lui aussi intrigué par la mort de Napoléon. Celui-ci finance une analyse réalisée par le Docteur Pascal Kintz qui conclut également à une intoxication à l’arsenic. Cependant, il va plus loin et parle d’empoisonnement : « Dans tous les échantillons de cheveux de l’Empereur, l’ICP-MS a mis en évidence des concentrations massives, concentrations compatibles avec une intoxication chronique par de l’arsenic minéral très toxique. Nous sommes sans ambiguïté sur la piste d’une intoxication criminelle ».

Cependant, d’autres analyses ont permis de nuancer grandement ces découvertes. En effet, le taux d’arsenic contenu dans les cheveux de Napoléon en 1815 est comparable à celui trouvé dans les cheveux de sa jeunesse, ainsi qu’à ceux retrouvés dans les échantillons de ses sœurs ou de sa première épouse, Joséphine de Beauharnais. De plus, « l’environnement dans lequel vivaient les gens au début du xixe siècle conduisait à l’évidence à l’ingestion de quantité d’arsenic que nous considérerions aujourd’hui comme dangereuses »[1].

Donc, si Napoléon a été exposé à l’arsenic de manière régulière, cela ne suppose pas forcément une volonté criminelle (l’arsenic est utilisé dans quantité de préparation), d’autant plus que celui-ci n’était plus une menace ;  ni que l’arsenic soit la cause directe de sa mort.

Napoléon sur son lit de mort © Collection particulière

Napoléon est-il inhumé aux Invalides ?

Le 7 mai 1821, le corps de Napoléon est manipulé pour permettre au docteur Burton de prendre un moulage de la tête, avant une mise en bière dans trois cercueils : en fer blanc, en bois, et en plomb. Le 9 mai, le cercueil en plomb est placé dans un cercueil en bois d’acajou. L’inhumation a lieu au val du Géranium dans un caveau en dalles de pierre, situé à trois mètres de profondeur dans une fosse maçonnée et fermée par une dalle monolithe, elle-même scellée par une première couche de ciment. Le lendemain, une seconde couche de ciment est mise en place et la fosse est comblée par deux mètres de cailloux et d’argile, puis couverte par trois dalles de pierre ; de telle manière qu’« on semblait craindre qu’il ne fût jamais assez emprisonné »[2]. Comme on peut le constater, il est assez difficile d’accéder au cercueil de Napoléon.

En 1840, le corps est exhumé, c’est le retour des Cendres sous le règne de Louis-Philippe. Napoléon est inhumé en grande pompe aux Invalides.

C’est à l’occasion du bicentenaire de la naissance de l’Empereur que Georges Rétif de la Bretonne publie son livre intitulé « Anglais, rendez-nous Napoléon ». Selon lui, Napoléon Ier ne repose pas aux Invalides, mais à l’abbaye de Westminster ! Pour appuyer son histoire, il relève de nombreuses anomalies : quatre cercueils sont mentionnés lors de l’exhumation en 1840, alors que trois cercueils sont emboités lors de l’inhumation ; les deux vases contenant le cœur et l’estomac, censés avoir été déposés aux coins du cercueil, se retrouvent placés entre ses jambes ; le cordon de la légion d’honneur est déplacé ; et enfin, les bottes qui allaient parfaitement à l’empereur sont retrouvées décousues. Ce passionné va même plus loin en affirmant que c’est le Roi d’Angleterre Georges IV qui aurait fait exhumer secrètement le corps de Napoléon et l’aurait remplacé par celui de Cipriani (le maître d’hôtel), mort de manière subite et dont le corps n’a jamais été retrouvé.

Cependant, l’autopsie et l’inhumation de 1821, ainsi que l’exhumation en 1840 sont des événements documentés. Concernant le nombre de cercueil : Georges de la Rétif s’appuie sur le procès-verbal de Louis Marchand datant du 7 mai 1821 mentionnant trois cercueils. En réalité, le 4ème cercueil n’a été livré que le lendemain, le 8 mai. Pour les vases d’argent : Antommarchi écrit que les vases sont disposés aux angles du cercueil. Mais on peut présumer que lors de la mise en bière, les valets ont cherché un autre emplacement afin que les jambes de Napoléon puissent se glisser. Ils ont alors légèrement écarté les jambes pour placer les vases dans l’espace. De même, les bottes se sont détériorées avec le temps.

De manière générale, « toutes ces petites différences sur la position du chapeau, les médailles, la position des vases contenant le cœur et l’estomac, tout cela a été exploité pour construire cette histoire de substitution », conclut Jacques Macé, historien.

Tombeau de Napoléon Ier aux Invalides CC Thesupermat 2011

[1] Institut national de physique nucléaire de Milan

[2] Chateaubriand


A retenir :

  • Napoléon meurt le 5 mai 1821 à Sainte-Hélène. Après un consensus entre les rapports d’autopsie britanniques et français, le verdict tombe : la mort est due à un cancer de l’estomac ou du pylore (même cause que son père).
  • Dès sa mort, des rumeurs d’empoisonnement circulent dans toute l’Europe. En 1960, le médecin suédois Sten Forshufvud relance cette théorie en faisant des analyses. Il est ensuite rejoint par Ben Weider, un milliardaire passionné d’histoire.
  • Une autre théorie portée par Georges Rétif de la Bretonne vise à dire que le corps aux Invalides n’est pas celui de Napoléon. On aurait substitué celui-ci par le corps de Cipriani (le maître d’hôtel). Napoléon reposerait à Westminster !

Par Océane Guichard.


Sources :

Mort de Bonaparte : l’empoisonnement en est-il la cause ?

Énigmes et mystères d’Au cœur de l’histoire : Le tombeau de Napoléon est-il vide ? (Franck Ferrand)

Jacques Macé, Thierry Lentz, La mort de Napoléon, Mythes, légendes et mystères, édition Perrin, Paris, 2021, 161 pages.

https://www.napoleon.org/histoire-des-2-empires/dossiers-thematiques/la-mort-de-napoleon/ consulté en mai 2021.

Gautier DEMOUVEAUX, 200 ans après, la mort de Napoléon intrigue toujours, édition du soir Ouest-France, 4 mai 2021

https://www.ouest-france.fr/leditiondusoir/2021-05-04/200-ans-apres-la-mort-de-napoleon-intrigue-toujours-9565a6f5-ed67-4b13-bbe7-3db7771c28f0

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