Comment Louis XV faisait-il la fête ?

Le XVIIIe est un siècle de nouveautés, même dans l’art de vivre et dans la gastronomie ! On parle alors de “cuisine nouvelle”. Celle-ci est plus légère et plus simple que la cuisine des siècles précédents. Elle devient populaire dans le monde entier. Louis XV a la réputation d’être un fin gourmet. Il aime recevoir et faire plaisir à ses invités. Il fera d’ailleurs installer dans ses appartements des cuisines particulières pour s’adonner aux plaisirs de la pâtisserie et à l’art de la distillation.

Vin et Champagne 

Sous son règne la connaissance du vin est mieux maîtrisée. La cour se met à préférer des vins rouges épais et colorés, on les appelle les “vins vermeils”. Les muscats du Languedoc, les blancs d’Alsace, les rouges de la Côte-Rôtie et des côtes du Rhône deviennent des vins de plus en plus prisés. Les célèbres terroirs que nous connaissons aujourd’hui : Margaux, Pomerol, Saint-Emilion ou encore Pauillac, connaissent un véritable essor.
Le Champagne fait aussi son apparition. On l’exporte de l’autre côté de la Manche mais aussi vers la Prusse et la Russie. Madame de Pompadour en est l’une des principales ambassadrices. “Le champagne : c’est le seul vin qui laisse la femme belle après boire” disait-elle. Sous Louis XV, le champagne devient la boisson parisienne par excellence. 

Renaissance du chocolat

Supprimé des tables de la cour sous Louis XIV, le chocolat fait son grand retour à Versailles pendant la Régence. Boire du chocolat devient alors un art. Chocolatières, tasses, ustensiles spécialisés font leur apparition. De nombreux artistes représentent cette apogée dans leurs œuvres comme Moreau le jeune ou Boucher. 

Les “petits” soupers du Roy

Louis XV aime les dîners intimes entourés d’une quinzaine de convives. Le repas dure environ deux heures. Cela lui permet de se défaire de la lourde étiquette héritée du Grand Siècle. Ses invités sont plus libres, spontanés, les échanges sont plus intimes. Lors de ces soupers, le Roi préfère multiplier les plats et les entrées plutôt que d’augmenter la quantité d’un seul plat. Chaque convive dispose de sa propre serviette et les mets sont servis dans de la porcelaine et de l’argenterie magnifiques. La France doit son premier service de table à Louis XV. Reçu en 1752, ce service se compose de 700 pièces à fond “bleu céleste ».
En 1756, Guerrin invente la “table volante”. Après le souper, la table disparaît dans une ouverture du plancher pour qu’elle puisse être desservie et de nouveau dressée par les domestiques. 

Le bal des Ifs ou le soir ou tout a basculé pour Madame de Pompadour

Le roi Louis XV ne fait pas les choses à moitié. Pour le baptême du Dauphin en 1729, il fait venir à la cour “ 44 entrées, 42 plats de rotis; 40 entremets froids, 48 entremets chauds, 150 assiettes de desserts, 8 corbeilles de gaufres et 12 sorbetières […] ” et encore nombre d’autres mets.

Mais la réception la plus connue du règne de Louis XV doit sans doute être le bal des Ifs.
Nous sommes le 25 février 1745. La cour continue les festivités à l’occasion du mariage du Dauphin, Louis-Ferdinand, avec sa cousine, l’infante d’Espagne, Marie-Thérèse qui a eu lieu deux jours plus tôt. A cette occasion, et profitant de la période de carnavale, le roi organise un somptueux bal costumé dans la Galerie des Glaces au château de Versailles.
Le roi, connu pour son amour des réceptions, organise tout minutieusement, la fête est exceptionnelle. Pas moins de 1 500 invités sont conviés. Pour l’occasion, les décors sont somptueux. Des centaines de milliers de bougies sont installées dans toute la grande galerie, dans les chandeliers, les flambeaux, les appliques, les candélabres… leurs reflets dans les miroirs les rendent infinies. L’ambiance est intime et chaleureuse.
Bien que le bal soit donné en l’honneur du mariage du dauphin, les convives portent leur intérêt sur une tout autre romance. Celle du roi avec la future marquise de Pompadour, Jeanne-Antoinette Poisson, épouse de M. Le Normant d’Étiolles, alors inconnue à la cour. Ce n’est pas la première fois qu’ils se rencontrent, mais cette date marque le début de leur relation.
Les invités arrivent. Ils attendent l’ouverture officielle du bal et patientent dans le salon d’Hercule, déguisés en arlequins, en diables, en “sauvages” ; se délectant des buffets de poissons (nous sommes en période de carême), gâteaux, fruits, confiseries, vins et liqueurs, etc. Les portes s’ouvrent… Les convives aperçoivent la reine, puis les mariés costumés en berger et bergère, mais le roi n’est pas encore là.
À minuit, enfin, huit ifs entrent dans le salon par la porte de l’Œil-de-bœuf, parmi eux se cache le roi. Certaines dames se laissent donc volontiers emmener par l’un d’eux avant de s’apercevoir un peu plus tard que ce n’est pas le prétendant qu’elles attendaient.
Mais le roi est autre part, il discute avec une jeune femme déguisée en Diane chasseresse, on pense alors que c’est Mme d’Étiolles. Le duc de Luynes confirmera cette hypothèse quelques jours plus tard : « Tous les bals en masque ont donné occasion de parler de nouvelles amours du Roi, et principalement de Madame d’Etiolles qui est jeune et jolie ; sa mère s’appelait Madame Poisson. On prétend que depuis quelque temps elle est presque toujours dans ce pays-ci [Versailles] et que c’est là le choix que le Roi a fait. Si le fait est vrai, ce ne serait vraisemblablement qu’une galanterie et non pas une maîtresse ».

Mais le duc se trompait. Madame d’Etiolles est présentée officiellement à la cour comme Madame de Pompadour le 14 septembre 1745. Elle sera la maîtresse officielle du roi jusqu’à sa mort en 1764. 

 

Faustine Claret, Anne-Charlotte Phan

 

Sources : 

  • Découvrir l’histoire du château de Versailles : le bal des Ifs https://www.chateauversailles.fr/decouvrir/histoire/grandes-dates/bal-ifs
  • Cantau, A., Manfrin, F., Wilbault, D., Palais royal : à la table des rois, Ed. BnF, 2015
  • Delalex, H., “Louis XV et Madame de Pompadour, Armide et le roi désenchanté » Dans : Les couples illustres de l’histoire de France, 2019, pp. 145-178
  • Meyer, D., “Le gouvernement de Versailles, au-dehors et au-dedans” Dans : Quand les rois régnaient à Versailles, 1982, pp.123-148

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