5 Minutes pour comprendre les « Années Folles » (1918-1929)

Plus qu’une période historique précise, les « Années Folles » peuvent être davantage considérées comme un vaste mouvement artistique, social et culturel. Elles débutent au sortir de la Première Guerre mondiale et prennent fin à l’aube des années 1930.

Au sortir de la guerre, des changements sociétaux profonds

A la signature de l’Armistice en 1918, la priorité est donnée à la reconstruction du pays et au pansement des blessures de guerre. S’il ne faut pas oublier les dommages matériels considérables, la « Der des Der » a surtout provoqué un grand traumatisme psychologique et moral. Les morts pour la Patrie et les blessés de guerre ont imposé un devoir de mémoire sans précédent. En témoigne l’éclosion des associations d’Anciens Combattants et la construction des monuments commémoratifs.

Dans le même temps, une remise en cause civilisationnelle s’opère au sein des sociétés occidentales. Des courants pacifistes émergent en Europe. En somme, la guerre a également provoqué des mutations sociales. Fortement employées pendant la Grande Guerre, le statut des femmes change et l’accès à l’emploi leur est désormais facilité. En outre, les valeurs bourgeoises d’avant-guerre sont aussi remises en question par celles du Communisme florissant (Révolution de 1917 en Russie, suivie de nombreux autres mouvements révolutionnaires en Europe).

Cette crise des valeurs morales s’accompagne d’une volonté de rupture et d’oubli radical du passé, et principalement des privations et des souffrances provoquées par la guerre. L’heure est à la paix et aux plaisirs de la vie.

Joséphine Baker

La folie artistique et littéraire des années 20

Dans toutes les couches de l’Art se manifeste un esprit frivole et festif, caractéristique des « Années Folles ». En provenance des Etats-Unis, le jazz se répand en Europe appuyé par l’essor de la radio. Celle-ci met en avant ses premières figures de proue comme Mistinguett et Maurice Chevalier. Les fameux cafés-concerts de la Belle Époque sont remplacés par les dancings et les concerts-halls. On y danse le charleston, le tango ou le foxtrot, portées par des stars de renommée internationale, comme Joséphine Baker.

Poussé par la presse, le sport connaît un intérêt populaire accru. En 1919, le football et le rugby se popularisent tout particulièrement, grâce à la création des fédérations nationales. Le Tour de France connaît de nouvelles heures de gloire et les « Quatre Mousquetaires » remportent la Coupe Davis en 1923, prélude à la construction de Roland Garros (1925). Enfin, Paris accueille les Jeux Olympiques en 1924.

Les « Années Folles », ce sont également les grandes années du Paris littéraire et artistique. A cet égard, Paris reçoit le titre de capitale mondiale des Arts. Dans les cafés de Montparnasse se retrouvent écrivains et artistes. A La Retonde ou à la Coupole, il est habituel de croiser des peintres tels que Picasso, Kisling ou de Vlaminck, pour ne citer qu’eux. Plusieurs femmes s’y côtoient également à l’instar des peintres Marie Vassilieff et Tamara de Lempicka. Avec son mari, Sonia Delaunay développe en peinture le mouvement du simultanéisme*, qui sera repris en couture et dans la mode. Kiki, la «Reine de Montparnasse», pose comme modèle pour les peintures de Kisling et les photographies de Man Ray.

Bon nombre de ces artistes appartiennent au mouvement Dada, théorisé par Tristan Tzara dans Le Manifeste Dada (1918). Révélateur du malaise moral des années 1920, ce courant prône la quête du beau, par la libération de toute forme d’entraves, y compris le langage et la pensée. Il sera ensuite relayé par le courant littéraire surréaliste. Porté par André Breton, le surréalisme va trouver de nombreux adeptes parmi les poètes et les écrivains, tels que Louis Aragon, Paul Eluard, Jacques Prévert ou Robert Desnos. Ces auteurs entendent dépasser les cadres moraux et esthétiques, pour laisser libérer l’esprit au-delà des conventions et des règles.

Noire et Blanche par Man Ray (1926), photographiant Alice Prin dite Kiki de Montparnasse

Une décennie à remettre dans son contexte politique et économique

Cependant, si les « Années Folles » qualifient une période de foisonnement artistique et culturel intense, elles ne recouvrent pas la réalité politique et économique des années 1920.

Au sortir de la guerre, les économies retrouvent une prospérité timide et fragile. Il a fallu d’abord réadapter un système transformé en économie de guerre, puis traverser des épisodes de crises monétaires et d’inflation du franc. L’économie française est soutenue par l’apport de capitaux américains, lui permettant de retrouver une croissance relative. Dans les industries, les années 20 sont également marquées par le triomphe de méthodes de production standardisées, comme le taylorisme.

Néanmoins, cette prospérité d’apparence retrouvée n’en demeure pas moins instable. La fin des « Années Folles » est marquée par le krach boursier de Wall Street de 1929, plongeant les économies dans l’une des crises monétaires et financières les plus retentissantes de l’Histoire.

Alban Larchet

 

*Simultanéisme : mouvement en peinture et dans la mode mettant en avant les contrastes de perception des couleurs. L’idée générale est que deux couleurs séparées ne sont pas perçues de la même façon que lorsqu’elles se juxtaposent.

 

Bibliographie :
Serge Berstein & Pierre Milza, Histoire du XXème siècle, tome 1 : 1900 – 1945, La fin du monde européen, Hatier.
Collection littéraire Lagarde et Michard, XXe siècle, 1962, Bordas.
Larousse, Dictionnaire de la Peinture, « Simultanéisme »