L'histoire de Notre-Dame de Paris, un "livre de pierre" rebati

Histoire de France, Monarchie de Juillet

              La liberté guidant le peuple, Delacroix, 1830… Avez-vous cette magnifique toile en tête ? Vous voyez cette pyramide humaine au premier plan ? Scène célébrissime, bien entendu. Mais que voyez-vous dans l’arrière-plan, fondues dans la fumée, s’élevant au-dessus des toits de Paris ? Les tours de Notre-Dame ! On aperçoit cette cathédrale prise dans le tumulte des Trois Glorieuses, encore dressée mais en réalité presque à l’état de ruine, saccagée, dévastée… Au fond, quel fut le destin de Notre-Dame de Paris au cœur des tourmentes révolutionnaires, et quelle fut sa renaissance dans les années 1830 ?

Tout ce qu'il faut savoir sur le Romantisme et Victor Hugo au XIXe siècle

Beaux-arts, Histoire de France, Monarchie de Juillet

« Le Romantisme n’est rien d’autre que le libéralisme en littérature ».  Cette célèbre citation de Victor Hugo, extraite de la préface d’Hernani (1830) est intéressante à bien des égards. En effet, on perçoit que le mot « romantique » peut désigner autre chose que l’adjectif correspondant à son équivalent fleur bleue, sentimental à l’excès… Plus sérieusement, on comprend que le Romantisme au XIXe siècle s’inscrit dans un contexte politique, idéologique qui correspond à une époque de changements, et ce à l’échelle européenne. Aussi, bien que Louis Sébastien Mercier, dans son œuvre Néologie (1801) se soit exclamé « On sent le romantisme, on ne le définit pas !», je vous propose de faire un tour d’horizon de cette notion complexe, en s’appuyant particulièrement sur les répercussions politiques qu’elle engendre en France, notamment en s’appuyant sur l’œuvre considérable du monument de notre littérature française qu’est Victor Hugo.

L’Europe des Romantismes 

Arthur Lovejoy (1873 – 1962), un philosophe américain et historien, se refuse à mettre le terme Romantisme au singulier. De fait, cette notion  n’a pas les mêmes réalités selon ce que l’on se place dans tel ou tel pays européens. Et il est difficile de ne pas toucher un mot sur l’Europe d’alors pour parler Romantisme puisque, à l’image de la Renaissance par exemple, les artistes et idées ne connaissent pas de frontières… les adaptations sont nationales mais pas la force du mouvement. Aussi, pour comprendre le Romantisme français, il faut entrevoir la situation plus globale dans laquelle il s’inscrit.

Tout d’abord, c’est surtout en Allemagne que ce mouvement prend naissance avec la période préromantique dénommée « Sturm Und Drang ». Moment de la renaissance de la littérature allemande, les artistes de ce mouvement portent leur intérêt sur l’âme épique d’une œuvre, ainsi que sur le lyrisme avec l’exaltation des sentiments des personnages. Ainsi, en 1801, Schiller écrit la Pucelle d’Orléans qui est dénommée « une Tragédie romantique » tandis que Goethe établie l’opposition entre classique à la française et romantisme allemand… C’est cependant Madame de Staël, dans son ouvrage De L’Allemagne (1813) destiné à  faire connaître aux français les œuvres de ce pays, qui introduit et participe au développement de la notion de poésie romantique en France : « qui tient de quelque manière aux traditions chevaleresques ».

De plus, les pays européens ne connaissent pas les mêmes régimes politiques, ni une organisation commune et unifiée. Ceci explique donc que « les Romantismes » aient des applications diverses en fonction du contexte dans lequel ils se développent. Par exemple, l’Italie est morcelée en douze parties que les pays alentours souhaitent s’arroger, l’Allemagne est divisée en principautés, l’Autriche Hongrie est sous l’ordre monarchique institué par Metternich, la Russie est sous la direction du tsar Alexandre Ie… Et que dire de la France chamboulée par les changements incessants de régimes au XIXe siècle ! Pour autant, même si les répercussions ne sont pas les mêmes en fonction des contextes nationaux, on peut trouver des facettes communes aux romantismes d’Europe que nous allons maintenant analyser. 

Facettes communes  aux romantismes 

C’est à la suite de Philippe Boutry, maître de conférences à l’Université Paris Panthéon Sorbonne, que nous relèverons ici les éléments fondant une certaine unité entre les Romantismes. Tout d’abord, ces mouvements s’inscrivent dans une contestation des règles classiques ainsi que des idées des Lumières diffusées au siècle précédent. C’est le propre de la période préromantique allemande que nous venons d’évoquer. On assiste donc à la revalorisation des sentiments, de l’imagination, des passions et du mystère face à la raison rationnelle et froide des penseurs « éclairés ». Ecoutez, pour vous le figurer Erlkönig ou Le roi des aulnes, mis en musique par Schubert sur un poème de Goethe : Les thèmes de la peur, de la nuit, et du fantastique y sont on ne peut plus présents. Le sentiment religieux est lui aussi remis à l’honneur, en opposition à l’anticléricalisme des Lumières. La beauté de la Création, donc de la Nature, ainsi que l’intérêt portés aux mystères de la vie sont des sujets exaltés par les romantiques. Par son mysticisme, l’artiste, surtout s’il est poète, s’institue comme lien entre les hommes et Dieu, à l’image des poèmes de Lamartine tel Le Soir où il inscrit notamment : 

« […] Doux reflet d’un globe de flamme,
Charmant rayon, que me veux-tu ?
Viens-tu dans mon sein abattu
Porter la lumière à mon âme ?

Descends-tu pour me révéler
Des mondes le divin mystère,
Ces secrets cachés dans la sphère
Où le jour va te rappeler ?

Une secrète intelligence
T’adresse-t-elle aux malheureux ?
Viens-tu, la nuit, briller sur eux
Comme un rayon de l’espérance ?

Viens-tu dévoiler l’avenir
Au cœur fatigué qui t’implore ?
Rayon divin, es-tu l’aurore
Du jour qui ne doit pas finir ? […] »

Avec cet extrait de poème, on comprend aussi combien l’individu romantique se considère comme incompris face à une société qui ne partage pas ses passions intimes, ce dont il est « malheureux », pour reprendre les mots de Lamartine. L’attrait pour le monde méditerranéen ou oriental est un autre aspect commun aux romantiques. Cette période d’orientalisme au XIXe siècle se traduit notamment par la prise de position d’artistes philhellènes  pour l’indépendance de la Grèce face à l’empire ottoman, tel Delacroix qui nous livre son œuvre le Massacre de Chio (1824) ou encore l’italien Francesco Hayez avec Les fugitifs de Parga (1831). Enfin, la revalorisation des histoires nationales ainsi que des traditions populaires constituent le dernier point commun des romantismes, mais n’est pas des moindre. C’est dans cette mouvance que sont notamment définis et mis en avant les mots de : peuple (volk  en allemand, people en anglais, popolo en italien…), nation, sol, langue, sang (ou race), histoire nationale… ce qui a des répercussions politiques fortes. Se développe peu à peu l’idée du « droit des nationalités », qu’illustre la lutte pour l’indépendance grecque tout comme le Risorgimiento (ou Renaissance italienne) au XIXe siècle qui lutte pour l’unification de l’entité géographique disparate qu’est l’Italie à l’époque. 

Et le romantisme en France ?

Selon le Lagarde et Michard, ce mouvement s’étend en France surtout sous la période de la Restauration (après les cent jours de Napoléon Ie en 1815 jusqu’aux Trois Glorieuses de 1830) et de la Monarchie de Juillet (1830 à l’avenue de 2sd République en 1848). Ces bornes ne sont pas pleinement satisfaisantes car alors que faire des Misérables de Victor Hugo, publiés en 1862 et dont la tragédie s’apparente au mélodrame romantique ? Néanmoins, cette période a pour avantage de mettre en avant deux facettes d’apparences contradictoires du romantisme français, largement reliées à l’histoire politique du pays. 

La première facette est celle qui correspondrait aux idéaux de la Restauration sous Louis XVIII et Charles X. Mise en avant de l’histoire du pays et de la Nation française, appuie à la monarchie par des romantiques légitimistes et pieux… Soit une opposition aux Lumières et à la Révolution Française. Cette esprit se développe notamment au sein de la noblesse et de l’aristocratie et pourrait être qualifié aujourd’hui de conservateur.  

La deuxième facette se caractérise par le climat des Trois glorieuses de 1830 et de la Monarchie de Juillet : un climat libéral porté notamment par la jeunesse étudiante issue de la noblesse et bourgeoisie qui, puisque déraciné de leur campagne afin de suivre des études en ville (ce qui les fait côtoyer une certaine pauvreté rapportée en partie dans Les Misérables) et disposant d’espace de liberté et d’association, se rebellent contre la censure et l’ordre qu’ils jugent trop sévère. Ils demandent d’avantage de droits individuels et de liberté d’expression. Concernant le sentiment religieux que suscite le Romantisme, il n’est en fait pas très hétérodoxe. On devrait plutôt parler de « sentiment de religiosité » car la foi devient alors pour nombre d’entre eux une conception assez individuelle. C’est ainsi que se développe notamment une forme de libéralisme catholique qui souhaite concilier « l’Evangile et la Liberté (libéralisme) », ce qui est condamné par le pape Grégoire XVI dans son encyclique Mirari Vos (15 août 1832).

Victor Hugo : une vie qui témoigne des facettes du romantisme politique français 

Victor Hugo, troisième fils et petit dernier de sa famille, est né 1802. Dès sa jeunesse, où il suit des cours à Louis le Grand notamment, il commence à rédiger ses premiers poèmes et fait preuve d’une grande ambition en disant vouloir devenir l’égal de « Châteaubriant ou rien ». Des prix de l’Académie française et des Jeux floraux de Toulouse lui permettent de convaincre son père de le laisser poursuivre une carrière littéraire au lieu d’études de droits. En 1819, il fonde avec ses frères la revue Conservateur littéraire, de tendance royaliste et catholique, dans laquelle il s’essaye à des genres divers et connaît quelques succès. En 1822, il prend pour compagne Adèle Foucher de laquelle il a quatre enfants. Prudemment, il s’engage dans la voie du Romantisme, au contact de Lamartine et Vigny qu’il côtoie au sein du salon de Charles Nodier. L’année 1827 marque un tournant dans sa carrière. En effet, la préface de sa pièce Cromwell se positionne très clairement contre le classicisme et tente de mieux définir ce qu’est le drame romantique : son adhésion à ce mouvement se fait entière.  Ses Orientales, recueil de poèmes publié en 1829, témoigne de l’enthousiasme ambiant pour le philhellénisme. Sa pièce, Hernani, jouée pour la première fois en 1830, est elle aussi très clairement définie contre le classicisme et les étudiants veillent au triomphe de la pièce jouée à la Comédie française, afin de mettre fin au règne des « perruques » qui refusent le drame romantique… c’est la « bataille d’Hernani » dans laquelle Hugo défend la liberté d’écriture face aux normes classiques. Il se fait ainsi chef du mouvement romantique et son cénacle se forme alors autour de lui. C’est alors qu’il rédige notamment Notre Dame de Paris (1831), roman dans lequel il exploite l’engouement pour l’histoire médiévale, chère aux Romantiques. 

Mais la joie du chef de file romantique est de courte durée. Sa séparation d’avec sa femme à laquelle s’ajoute la mort de Léopoldine (1843) le dissuade de continuer son œuvre littéraire pendant quelques temps. Il s’engage donc en politique : s’il était légitimiste dans sa jeunesse, il passe rapidement du côté de Louis – Philippe 1e sous la monarchie de juillet, en partie du fait de l’affection que lui porte la femme du roi. Elu pair de France en 1845, il fait des discours pour la liberté de la Pologne, témoignant de la mouvance d’alors pour la liberté des peuples.  Aussi, lorsque Louis – Napoléon Bonaparte tente de s’arroger le pouvoir, après l’avoir soutenu du fait du souvenir que Napoléon 1eavait laissé, il se révolte contre ce nouveau prince – président dont il n’adhère pas aux idées… ce qui lui vaut son exil à Bruxelles puis Jersey et Guernesey. En 1870, alors que Napoléon III est défait, il retourne en France et s’engage dans la IIIe République : député à Paris (1870), sénateur en 1876… il devient le porteur des idéaux de gauche tant pour l’aspect liberté qu’il prône que pour son écriture « populaire ». Aussi, a sa mort en 1885, des funérailles nationales sont organisées et c’est à cette occasion que l’actuel Panthéon est désacralisé pour en faire un véritable temple des hommes honorés par la République… 

La vie de Victor Hugo se révèle donc être une clé pour comprendre le romantisme politique français : tête de file de ce mouvement, c’est lui qui contribue à le définir tant dans son opposition face au classicisme que dans son désir de libertés littéraires. D’abord légitimiste et catholique, il incarne ce que nous avons vu plus haut comme étant la première facette conservatrice du romantisme français… avant de verser vers un libéralisme (dont le romantisme semble être le représentant en littérature, selon la préface d’Hernani) en accord avec les idéaux de la monarchie de Juillet et de la République, à laquelle il participe activement. Enfin, bien que croyant, il dérive peu à peu vers un déisme peu conventionnel qui lui fait écrire dans son testament « Je refuse l’oraison de toutes les églises ; je demande une prière à toutes les âmes. Je crois en Dieu ». 

En poésie

Par sa vie, Victor Hugo incarne donc en grande partie le Romantisme politique français,… et que dire de l’Œuvre monumentale qu’il a légué ? Cet auteur diffuse son influence dans les genres littéraires auxquels il s’essaie. Aussi, il est avant tout un grand poète, comme en témoigne son attrait pour ce genre littéraire dès son plus jeune âge. C’est d’ailleurs dans ce genre qu’il laisse particulièrement bien entrevoir ses idéaux  et changement d’état d’esprit. Prenons le recueil de poèmes Les Odes (1822) avant de nous pencher sur celui des Orientales (1829) puis sur La Légende des siècles (des années 1850 à 1883) afin d’illustrer ces propos

1Les Odes sont un recueil de la jeunesse de Victor Hugo, période où il est encore catholique et légitimiste et où il tente de définir ce qu’est le rôle du poète romantisme : la préface de 1822 annonce ses « vues prophétiques » dans lesquelles il énonce le principe que la poésie témoigne des « émotions d’une âme » et amorce l’idée du poète voyant : « Sous le monde réel, il existe un monde idéal qui se montre resplendissant à l’œil de ceux que les méditations graves ont accoutumés à voir dans les choses plus que les choses… ». Dans la préface de 1824 du même recueil, il ajoute que le poète « ne sera jamais l’écho d’une seule parole sinon de celle de Dieu ». Aussi, Hugo n’a de cesse de poursuivre cette idée de poète voyant tout au long de sa vie, quand bien même le Dieu dont il parle se fait de plus en plus flou pour atteindre un certain déisme, loin des dogmes catholiques. 

2Les Orientales, quelques années plus tard, témoignent du revirement de pensées que connaît alors Hugo. A la veille des Trois Glorieuses, qui mettent fin au règne de Charles X pour mieux placer au pouvoir Louis – Philippe 1ed’avantage libéral, le poète affiche sa sympathie aux idées de ce temps. C’est ainsi que, dans la préface de cette œuvre, il annonce que « tout a droit de cité en poésie… Le poète est libre ». Ce besoin de liberté trouve une résonnance particulière aussi dans ce recueil en ce qu’il témoigne du philhellénisme ambiant et du mouvement pour l’indépendance grecque. Le poème L’Enfant commence ainsi par ces vers significatifs : « Les Turcs ont passé là. Tout est ruine et deuil./ Chio, l’île des vins, n’est plus qu’un sombre écueil, […] » qui ne sont pas sans faire penser à l’œuvre de Delacroix citée plus haut. 

3Les Rayons et les ombres, recueil ambitieux (d’aucuns ont dit mégalomane) dont la confection s’étale sur une vingtaine d’années, cherche à retranscrire « l’épopée humaine, âpre, immense, écroulée » (citation issu du poème La Vision d’où est sortie ce livre, qui sert de préface à cette œuvre). Dans cette grande histoire de l’humanité, Victor Hugo cherche à mettre en avant le « progrès » constant (une idée née du Positivisme d’Auguste Compte) qui serait en œuvre et qui mènerait à une lutte finale contre la tyrannie. L’auteur ici témoigne ainsi de son adhésion à la République, face à laquelle les autres régimes politiques (monarchie et empire) apparaissent comme garantissant moins de liberté qu’il n’a de cesse de chercher. Cet état d’esprit se retrouve notamment dans le poème Au bord de l’infini où les vers nous apprennent que « l’homme montant des ténèbres à l’idéal », il s’opère inexorablement « l’éclosion lente et suprême de la liberté ».

Au théâtre et dans ses romans

Les drames d’Hugo sont eux aussi vecteurs de ses idées. Par exemple, sa pièce Cromwell est volontairement injouable du fait des nombreux changements de décors et se veut ainsi servir de manifeste au mouvement romantique face au classicisme. La bataille d’Hernani, entre les « perruques » et les jeunes romantiques avides de voir bouger les normes du théâtre français, marque aussi l’opposition d’Hugo face aux règles strictes qu’il juge une bride, une entrave à la création littéraire. La liberté et le libéralisme en littérature, voilà comment le Romantisme est encore défini dans la préface de cette œuvre.  

En ce qui concerne les romans, ils sont tout aussi significatifs : Notre Dame de Paris (1831) met en scène un contexte typiquement romantique puisqu’il fait plonger le lecteur à la fin du Moyen Age, dans l’ambiance mystérieuse autour de la cathédrale au sein de laquelle vit la personne grotesque mais héroïque de Quasimodo, dont la fatalité dramatique du destin permet la mise en scène de passions et du lyrisme. Les Misérables (1862) est un ouvrage qui témoigne des préoccupations nouvelles d’Hugo à savoir la question du social, dans une société qui est bouleversée par la révolution industrielle. Il développe aussi une analyse plus globale de l’humanité, dont on retrouve des échos dans le recueil Les rayons et les Ombres, réalisé dans la même période. Ce deuxième ouvrage détient également un caractère épique tant dans les fresques historiques qui y sont dépeintes (telle la bataille de Waterloo) que les fresques de l’âme des personnages qui parviennent parfois à se racheter, à l’image de Jean Valjean qui de forçat devient père de la petite Cosette sur laquelle il veille avec bonté et amour.  

En résumé

  • Les romantismes constituent des mouvements européens qui varient selon les contextes politiques des pays
  • En France, plus particulièrement, la dimension littéraire du Romantisme va de pair avec un engagement politique.
  • Le romantisme peut prendre un aspect conservateur dans le début du siècle puis beaucoup plus libéral à mesure que l’on passe à la monarchie de Juillet
  • Les différentes facettes de ce romantisme à la française s’incarnent d’une manière particulière en la personne et l’œuvre de Victor Hugo.

Du catholicisme au déisme teinté de mysticisme chrétien ; du légitimisme à l’engagement républicain ; le lyrisme, un caractère épique et du drame pour mener à bien une analyse globale de l’humanité… vous comprenez maintenant, à la seule vue de la complexité du « Romantisme de Victor Hugo », combien ce mouvement est difficilement saisissable. On peut tout de même en conclure que le souhait du petit Victor « d’être Châteaubriant ou rien », pour ce qui est de la renommée, a été amplement réalisé et pérennisé au fil du temps !

Par Aurore Artignan pour Héritages

La révolution de 1830 expliquée en 5 minutes

Histoire de France, Monarchie de Juillet
Le contexte : contestation des ministères et désaveu de la politique de Charles X (1825-1829)

Si Charles X quand il était jeune fut aimé par le peuple, sa popularité ne fut que fugitive. Le roi, si tôt sur le trône, montre son attachement pour les valeurs de l’Ancien régime et les prérogatives royales. Il ressuscite notamment les titres de nobles, comme celui du Dauphin, et se fait sacrer Roi de France en mai 1825 dans la cathédrale de Reims. Ces actions, témoins de son attachement à la royauté, déroutent puis alarment l’opinion. Le roi tente en 1825 de faire voter la loi sur le sacrilège qui servirait à lutter contre l’impiété. De nombreuses critiques sont émises à son égard et le projet est bloqué par la Chambre des pairs qui souhaite protéger les acquis révolutionnaires. 

Sacre de Charles X par Baron François Gérard

De 1827 à 1829, une véritable coalition antiministérielle se forme afin d’entrainer la chute du gouvernement du comte de Villèle. Certaines manifestations de rue ont également lieu, menées par les étudiants, et la position du gouvernement devient de moins en moins sûre. Le comte de Villèle tente de consolider sa majorité par une nouvelle élection dans les circonscriptions mais le gouvernement est battu et Villèle est contraint de démissionner le 3 janvier 1828. Après le ministère expresse de Martignac, renvoyé par le roi car trop conciliant, c’est le prince de Polignac qui prend la tête du gouvernement et le constitue uniquement avec des hommes politiques ultras (le parti qui soutient Charles X). Les critiques sont très vives et la presse relaie de plus en plus d’idées révolutionnaires. Il ne reste plus qu’une seule solution pour le gouvernement soutenu par Charles X : l’appel au pays suite à la dissolution de la chambre.   

Les préparatifs de la révolution : les 4 ordonnances de Saint Cloud (mars à juillet 1830)

Polignac décide donc de faire appel au pays et mène campagne dans toute la France avec le slogan suivant « Qu’un même drapeau nous rallie ! C’est votre roi qui vous le demande, c’est un père qui vous appelle. » Les opposants également mènent campagne et gagnent avec 274 élus sur 450 soit 60% des suffrages. Le roi, ne prenant pas compte de ce vote, décide de sauver la nation de ces égarements en passant au-dessus des obstacles constitutionnels. Il fait voter le 25 juillet 1830 les 4 ordonnances de Saint Cloud « nécessaires pour la sûreté de l’Etat » selon l’article 14 de la charte. 

La première ordonnance vient censurer la presse, la seconde dissout la nouvelle chambre, la troisième réforme l’élection en n’accordant le droit de vote uniquement à une certaine catégorie de la population française, enfin la dernière fixait la date d’une nouvelle élection. Les ordonnances, contraires au principe du gouvernement constitutionnel, déclenchent la fureur du peuple et notamment des parisiens qui dès le 27 juillet 1830 descendent dans la rue. 

Les 3 glorieuses, journées d’émeute dans Paris

1 Premier jour : Commencée le 27 à midi, dans le centre de Paris, par des attroupements autour des imprimeries de journaux, dont les commissaires de police voulaient saisir les presses, l’insurrection s’organise sérieusement dans la nuit du 27 au 28, où les ouvriers du quartier de l’Est et les étudiants du quartier des écoles s’associent pour construire des barricades

Constitution d’une barricade

2 2ème jour : Le 28, derrière le drapeau tricolore, le peuple, conduit par des vieux soldats de l’Empire, s’empare du faubourg Saint-Antoine, de l’Hôtel de Ville et de Notre-Dame. Marmont qui tente de lui reprendre, a énormément de mal à faire avancer ses 8000 hommes, épuisés de chaleur, lapidés et fusillés du haut des toits et des fenêtres. Après avoir vainement réoccupé l’Hôtel de Ville, il leur ordonne le soit de se replier sur les tuileries. Dans la nuit du 28 au 29, les chefs républicains, dirigés par Godefroy Cavaignac, et rejoints par des élèves de l’école Polytechnique, prennent les dernières dispositions pour l’offensive finale. 

Combats devant le Louvre

3 3ème jour : S’armant dans les carnes et confectionnant des cartouches sur les places de l’Odéon et de Saint Sulpice, les insurgés s’avancent, dès le matin du 29, sur la caserne de la rue de Babylone et l’occupent. Ils se portent ensuite sur le Louvre, envahi par surprise au début de l’après-midi, ainsi que les Tuileries. Marmont, déjà abandonné par deux de ses régiments, n’a d’autre solution que d’évacuer la capitale par les Champs-Élysées. Le peuple devient maître de Paris et ses colonnes parcourent la capitale en criant : « Vive la République ! ».

Les conséquences des 3 glorieuses : pas de République pour les révolutionnaires

Si le peuple se soulève et demande la République, il n’en est rien du côté des députés. Ces derniers vont se tenir à l’écart des émeutes et ne soutiennent ni le roi ni les Républicains. C’est ainsi que la solution orléaniste apparaît aux yeux de tous comme étant la meilleure. Louis-Philipe, duc d’Orléans se voit offrir la lieutenance générale du royaume, qu’il accepte le 30 juillet. Le soir même, ce dernier s’installe dans sa résidence parisienne du Palais-Royal. 

Deux obstacles demeurent : le peuple et le roi. Le 31 juillet, suite à l’inaction des chefs populaires, imposent leur solution en rédigeant une proclamation en faveur du duc d’Orléans. Ce dernier prononce un discours à l’Hôtel de Ville et grâce au soutien de La Fayette, parvient à faire faiblir les dernières résistances du peuple. Charles X quant à lui, encore officiellement roi, et entouré par plus de 12000 gardes au Château de Rambouillet, finit par abdiquer le 2 août. Le peuple parisien ayant décidé de marcher sur Rambouillet, le vieux roi s’exile à Cherbourg puis en Ecosse et enfin en Autriche où il meurt en 1836. 

Le 3 août, les chambres réunies, déclarent le trône vacant et y appelle le duc d’Orléans, qui prend le nom de Louis-Philipe Ier et le titre de roi des Français, symbole d’une royauté nouvelle et élective. Le 9 août, prêtant serment à la Charte révisée, il se voit remettre couronne, sceptre, glaive et main de justice et prend officiellement possession de ses fonctions. 

En résumé : 

  • Charles X mène une politique très axée sur le retour de l’Ancien Régime 
  • Il est désavoué par les députés, puis par le peuple lors de l’appel au pays en 1830
  • Charles X décide de « sauver la France » et signe les 4 ordonnances de Saint Cloud, contraires au principe du gouvernement constitutionnel
  • Le peuple parisien descend dans la rue et monte des barricades, le 27, 28 et 29 juillet 1830 
  • L’armée royale affaiblie doit quitter Paris et le peuple sort victorieux de cette révolution
  • La majorité des députés ne souhaitent cependant pas une République et appelle Philipe d’Orléans à monter sur le trône. 

Par Mathilde Gadeyne pour Héritages

10 questions à Clémentine Chaumereuil, fondatrice de Costumes et Châteaux

Histoire de France, Louis XVI

Historiquement vôtre rencontre la créatrice de la marque Costumes & Châteaux, des rois en matière de costumes d’inspiration XVIIIe! Passionnés de XVIIIème? Vous en avez marre d’être un gueux et vous rêvez de devenir, le temps d’une soirée, un gentilhomme? Les jeans et baskets commencent à vous lasser et vous aimeriez les troquer contre une ravissante robe de princesse et vous la jouer à la manière de Kirsten Dunst dans « Marie-Antoinette » de Coppola? Alors Historiquement Vôtre à la solution : ce soir nous vous invitons à pousser la porte de la boutique versaillaise de Clémentine Chaumereuil, créatrice passionnée de la marque Costumes & Châteaux, qui vous accueillera en face de la cathédrale Saint Louis pour une expérience inédite et haute en couleur ! Ici pas de déguisements aux finitions grossières et aux tailles approximatives mais de vrais costumes d’inspiration XVIIIe faits à la main et 100% français (de quoi ravir nos âmes gauloises, n’est-ce pas?)! 

Qu’elle est l’origine de Costumes & Châteaux et votre parcours Clémentine Chaumereuil ? 

« Costumes & Châteaux est né d’un voyage au Canada auprès de mon mari. Nous nous sommes rendus dans le village de Val-Jalbert, notamment réputé pour proposer une expérience inédite: la reconstitution historique. Véritable destination touristique, ce musée à ciel ouvert nous a plongé dans le quotidien des hommes et des femmes du début XXème siècle. Comme cela se fait couramment chez les anglo-saxons, ces derniers proposent des séances photos costumés, activité que mon mari et moi-même avons expérimenté et aimé! C’est à la vue des trois pauvres costumes dans un piteux état que m’est venu l’idée de C&C : pourquoi ne pas reproduire ce type de prestation à Versailles, haut lieu de l’histoire de France et de l’Ancien Régime? Après des études de droit à St Quentin, je me suis ré-orientée vers un domaine plus artistique en accumulant deux BTS : un sur le stylisme et l’autre sur la décoration. En effet depuis ma Terminale, où je suivais la spécialités arts, j’avais dans l’idée de faire des études liées à ce domaine mais j’ai attendu quatre ans avant de me lancer dans cette formation me permettant notamment d’être en alternance. Après avoir travaillé pour plusieurs entreprises, et suite à la naissance de mes enfants, j’ai ouvert, il y a de cela 5 ans, un studio photo. Bien sûr au début le panel de robes était réduit mais au fur mes clients m’ont demandé de louer les robes pour des occasions spéciales comme le Grand Bal de Versailles. De fil en aiguille Costumes & Château est devenu la boutique que vous connaissez aujourd’hui» 

Qui travaille chez Costumes & Châteaux ? 

« Nous sommes ne sommes pas nombreuses! J’ai deux couturières, une perruquière ainsi qu’une modiste qui s’occupe des chapeaux. Bien que je couse un petit peu je suis davantage investie dans le processus d’imagination: je cherche les tissus, couleurs, matières et essaye de les assembler afin de produire une pièce unique. Nous sommes très attachées aux détails et à la qualité, c’est pourquoi il nous arrive de passer une semaine entière sur une robe! Présentes sur tous les fronts c’est nous qui nous occupons de l’entretien de nos costumes, nous les lavons nous-mêmes et les repassons de façon à ne pas les abîmer et ainsi proposer à nos clients une prestation, si ce n’est haut-de-gamme,  premium! L’hygiène n’est pas une option chez C&C et la propreté des vêtements loués est assurée par notre équipe. 

D’où vous vient cette passion pour les vêtements d’époque ? 

« Je pense que le simple fait d’habiter à Versailles m’a donné cette passion pour l’histoire et notamment le XVIIIe siècle. Chaque année près de 7 millions de visiteurs viennent ici et, tout comme moi, ils apprécient cette époque où les femmes portaient des tenues mettant indéniablement en valeur leur physique, quel qu’il soit. » 

Où puisez-vous votre inspiration ?

« Honnêtement je suis inspirée par beaucoup de choses mais notamment par les livres et films. Bien sûr si je dois citer un film en particulier je dirais « Marie-Antoinette » de Coppola, les costumes sont divins. En revanche nous avons peu de sources historiques, d’autant plus qu’il faut prendre une certaine distance avec les tableaux d’époque car parfois les peintres prenaient certaines libertés à l’endroit des robes des femmes en ajoutant certains détails qui sont impossibles à reproduire ou du moins difficilement réalisables. Contrairement au XIXe siècle, où les premiers catalogues de mode faisaient leur apparition, au XVIIIe siècle les tailleurs se rendaient directement auprès de leurs clientes et leur présentait les tissus et matières. Parfois ils créaient même de petites poupées habillées faisant office de « modèle réduit » et permettant aux clientes de se faire une idée de la robe. Il est difficile de mettre la main  sur des archives, documents historiques ou même robes datant de cette période, la Révolution étant passée par là. Dernièrement le château de Pompadour m’a fait une commande me demandant de créer une dizaine de costumes pour des servantes, dames de compagnie ainsi qu’une robe pour Madame de Pompadour. Nous avons bien sûr en tête les tableaux de Boucher qui la représentent dans ses somptueuses toilettes, il faut cependant être prudent avec ces représentations! D’autre part même si je m’inspire de cette toile et que je tente de reproduire exactement ce vêtement je reste confrontée à des contraintes, liées au lavage notamment, qu’il m’est impossible de dépasser. » 

Vos créations sont-elles utilisées pour des films, séries ou shooting ? 

« Bien souvent les réalisateurs de film ont leurs propres costumiers à disposition donc ils n’ont pas besoin de louer des costumes. En revanche nos perruques sont apparues dans le film « Casanova », et nous avons aussi participé à une pub pour le Crédit Agricole. Contrairement à beaucoup d’autre loueurs de costumes les professionnels font appel à nous car ils savent que nos vêtements n’ont pas besoin d’être retouchés au montage car nous veillons à ce que ces derniers ne soient jamais élimés ou abîmés. En réalité nous sommes surtout très présent durant les événements comme le Grand Bal de Versailles ou encore les Fêtes galantes» 

Vos clients sont-ils tous français ou les étrangers font-ils aussi appel à vos services ? 

« Non, nous avons une clientèle internationale, autant pour les shootings que pour les locations lors d’événements privés et/ou professionnels (séminaires…). En revanche j’ai quelques difficultés avec les locations venant d’Outre-mer car les clients ne peuvent pas essayer directement les costumes et se contentent d’envoyer leurs photos et mensurations puis d’enfiler le costume le Jour J. Cela m’oblige à être prévoyante et emporter des habits en plus afin d’éviter une mauvaise surprise, je ne veux surtout pas que l’un d’entre eux se retrouvent sans costume en raison d’un problème de taille! Plus qu’une simple location c’est une expérience unique que l’on offre à nos clients, une parenthèse historique dans leur quotidien leur permettant, le temps d’une journée, de s’évader au XVIIIe siècle. » 

Quelle était la mode des femmes au XVIIIe siècle ?

« Les matières étaient assez naturelles. Marie-Antoinette par exemple s’est très vite appropriée des toilettes simples et légères, surtout dès lors qu’elle a eu ses enfants et qu’elle s’est installée au hameau. Ce changement de style exprime notamment sa volonté d’être libre quant à ses mouvements, chose impossible en robe d’apparat! Bien sûr c’est aussi une période d’extravagance, comme en témoigne les poufs (ndrl : Le Saviez-Vous), ces lourdes perruques pesant plusieurs kilos et arborant des tailles démesurées. » 

Et qu’en était-il des couleurs ? 

« L’une des caractéristiques des vêtements au XVIIIe siècle est leurs noms, on ne peut plus originaux, donnés aux couleurs! Sous Louis XV la mode était aux tons pastels et même si Marie-Antoinette ne boude pas celles-ci l’on remarque tout de même une diversification. On assiste à une véritable explosion de couleurs, vives et chatoyantes ou encore chaudes et assourdies. Mais la plus grande originalité reste les noms fantasques qu’on leur attribue, liberté qui témoigne d’un véritable tournant à l’endroit de la mode mais aussi des esprits et de la langue française. Rose Bertin, modiste très connue du XVIIIe, adorait notamment le violet mais aussi le « puce », couleur inventée en 1778 par cette dernière étant à la croisée enter le brun et le rouge. Plus amusante encore la couleur « caca dauphin » sortie en 1781 à l’occasion de la naissance du premier fils de Marie-Antoinette et correspondant, comme son appellation l’indique, un vert kaki. Pour ce qui est des teintes claires l’on retrouve du « cuisse de nymphe émue » ou encore du « gueux nouvellement arrivé » que seule notre imagination nous permet de visualiser. 

Existe-t-il beaucoup de robes et toilettes de bal nous venant de cette époque ? 

« Hélas non. Tout d’abord il était fréquent que les nobles, à la manière de la reine elle-même, donnent à leurs dames de compagnies leurs robes d’apparat une fois ces dernières utilisées. A partir de ce moment là c’est toute une chaîne de « désintégration » de la robe qui commence. Ne pouvant les ré-utiliser les dames de compagnies vendaient des bouts de toilettes, c’est-à-dire les rubans, lacets, tissus…etc. Finalement la robe ressemblait plus à un puzzle qu’à un vêtement! D’autre part la Révolution n’a pas fait de cadeau aux toilettes des nobles et nombreuses sont celles qui ont été détruites… » 

Que faut-il retenir de Costumes et Châteaux ?
  • Costumes 100% faits mains
  • Disponibles à la vente ou location 
  • Prix fixe (peu importe le modèle, le prix reste le même)
  • Propreté et hygiène sont au rendez-vous
  • Pièces uniques : aucune robe ne se ressemble!
  • Service personnalisé: profitez de l’oeil de lynx de Clémence CHAUMEREUIL durant vos essayages, elle saura vous guider dans cette caverne d’ali-baba qu’est sa boutique afin que vous trouviez LA perle rare vous permettant de briller le jour j. 
  • Une équipe soudée de passionnées qui incarnent l’esprit « team working». 

Un grand merci à Clémence CHAUMEREUIL pour nous avoir accordé son temps et fait partager sa passion pour les costumes d’inspiration XVIIIe! L’association a eu la chance de travailler avec cette dernière durant l’événement au domaine de Madame Élisabeth en décembre dernier et nous gageons de la qualité de ses costumes et de son service qui ont tant émerveillé les visiteurs. Vous voulez en savoir plus? Rendez-vous sur le site internet  de C&C ou encore sur leur page Instagram, www.costumes-et-chateaux.com

Par Oïana Caretti pour Héritages