Héritages

Une dynastie devenue royale par un coup d’État

Seconde dynastie des rois de France, les Carolingiens ont régné sur l’Europe occidentale entre 751- date de nomination de Pépin III au pouvoir – et 987 – couronnement d’Hugues Capet, fondateur de la dynastie des Capétiens. Le premier des 16 rois carolingiens fut Pépin III dit le Bref, fils de Charles Martel, dont le nom latin Carolus, qui n’est pas sans écho à celui du bon roi Charlemagne, a inspiré le patronyme de la dynastie.

Toutefois, ni Charles Martel, notamment connu pour sa victoire à Poitiers en 732 contre l’émir  Abd al-Rahman d’Andalousie, ni Pépin III, ne descendent d’une famille royale. Ils sont, en effet, issus d’une famille dont les héritiers masculins sont maires de père en fils, à une époque où les rois de la dynastie des Mérovingiens étaient « fainéants » (1) , donnant donc aux maires de forts pouvoirs effectifs. Il est à noter que la dynastie mérovingienne s’est étendue de 481, avec l’avènement de Clovis, à 751 avec la prise de pouvoir de Pépin III dit le Bref.

Néanmoins, l’année 751 marqua un tournant pour cette famille qui, si elle régnait dans les faits et avait la reconnaissance et le soutien populaire, n’avait aucun titre royal. Bien décidé à non plus seulement exercer, mais bien à posséder le pouvoir royal, Pépin III se fait élire roi des Francs à la place de Childéric III, descendant mérovingien. Puis, en 754, il se fait sacrer roi par le pape Étienne II dont la fonction a permis de légitimer le titre royal de Pépin III, qui devient donc roi de droit divin.

Après les rois fainéants, une tant attendue « renaissance » carolingienne

Par « Renaissance carolingienne », il faut entendre la période de renouveau culturel et artistique en Occident menée par Charlemagne et ses descendants : Louis II dit le Pieux (814-840) et Charles II dit le Chauve (843-877) – et ce, malgré les conflits successoraux qui se sont soldés par le partage de l’Empire de Charlemagne non pas entre ses trois fils, mais entre ses trois petits fils, en 843, suite au traité de Verdun.

Ce progrès intellectuel fut possible grâce à la redécouverte de la langue latine, à la promotion des arts libéraux, mais aussi à l’étude des auteurs classiques.

Si le latin a été délaissée par les rois fainéants de la dynastie des Mérovingiens, au profit du francique, il fut redécouvert durant cette renaissance au travers d’auteurs classiques comme Juvénal (poète satirique romain de la fin du Ier siècle et du début du IIe) ou Stace (poète romain, né en 40 à Naples, et mort en 96, s’exprimant exclusivement en latin) ; mais aussi à travers l’étude de Quintilien (Ier siècle) ou Cicéron  (Ier siècle avant J.-C.) pour la rhétorique. Cette redécouverte ne fut néanmoins pas suivie d’une pratique répandue car elle resta la langue du clergé, les milieux militaires préférant le francique. Toutefois, additionnée à l’élan donné par cette renaissance, cette redécouverte ne fut pas vaine car, malgré un faible succès, le latin donna naissance au roman et au tudesque, respectivement les ancêtres du français et de l’allemand. Mais aussi, le francique est légitimé et anobli par la réalisation d’une grammaire par Charlemagne.

Par ailleurs, si ces langues perdurent puis évoluent, c’est grâce à leur apprentissage au sein de ces fameuses institutions que sont les écoles. De nombreuses chansons nous rappellent que ce « sacré Charlemagne » aurait créé l’école, mais l’histoire nous apprend qu’il a tenté de rendre obligatoire – pour les garçons – une institution auparavant réservée à une élite très restreinte, au moyen d’une série de capitulaires entre 789 et 800.

En rendant l’école obligatoire, Charlemagne, puis ses successeurs, ont mis en lumière la nécessité de l’apprentissage et de la connaissance dans une société de plus en plus intellectuelle. Cette intellectualisation de la société est perçue au travers de nombreuses avancées comme l’invention de la minuscule caroline par Alcuin, maître de l’Académie Palatine de 782 à 796, afin de faire disparaître les disparités régionales. Il a également réhabilité les arts dits libéraux constitués de deux groupes, dont l’un est appelé trivium et comprend la grammaire, la rhétorique et la dialectique, et l’autre est appelé quadrivium et regroupe l’arithmétique, la géométrie, l’autonomie et la musique.

Texte d’une page tirée d’un livre liturgique carolingien, écrit en minuscule caroline.

Un autre témoin de l’épanouissement culturel de l’Occident carolingien, cette fois architectural, n’est autre que la construction, entre 792 et 805, de la chapelle palatine d’Aix-la-Chapelle, chapelle privée de Charlemagne.

Vue intérieure de la chapelle palatine d’Aix-la-Chapelle

Érigée par Eudes de Metz, cette chapelle constitue l’archétype de l’architecture carolingienne caractérisée par l’emploi du petit appareil (petites pierres) pour l’ensemble du bâtiment, sauf pour les piliers porteurs et autres fondations qui eux sont réalisés en moyen appareil de pierre de taille (les pierres sont taillées sur toutes leurs faces et non pas seulement sur la partie visible par le spectateur, généralement réceptacle de décors). En termes de décors, nous comptons de nombreux remplois antiques, en accord avec la tendance contemporaine de redécouvrir les auteurs antiques, comme les colonnes de Ravenne. Nous retrouvons également des capitaux corinthien de marbre blanc, provenant surement de la carrière du mont Palatin, une des sept collines de Rome au pied de laquelle s’est échouée la nacelle qui contenait les nourrissons abandonnés Rémus et Romulus.

 

 

Toutefois, une limite à cette renaissance est qu’elle crée les écarts entre lettrés et illettrés, fossé qui constitue le « drame de la Renaissance carolingienne ».

En conclusion, la période carolingienne, qui s’est ouverte grâce au coup d’État de Pépin III a supplanté les rois mérovingiens et a permis une bienheureuse et bienvenue « renaissance » qui s’inscrit à la fois dans la science antique, et les innovations majeures.

Si cette dynastie a permis une renaissance et une extension géographique du royaume, elle fut remplacée un peu plus de 200 ans après sa naissance. En effet, de nombreux conflits successoraux à répétitions, ainsi que des menaces et incursions vikings, slaves et arabes, mirent à mal cette dynastie qui s’éteignît avec son dernier roi, Louis V, le 22 mai 987.

La place royale étant libre, la noblesse intervint et plaça sur le trône un héritier de la famille des Robertiens et fondateur de la dynastie des Capétiens : Hugues Capet.

Alexia Meimoun

(1) Éginhard, Vita Karoli. Vie de Charlemagne, IXe siècle : il est le premier à employer le terme « rois fainéants »

Biographie :