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Louis XV, du roi bien aimé au mal aimé

 by HERITAGES_OFF

UN ROI ENFANT

Louis XV est né le 15 février 1710 à Versailles et mort le 10 mai 1774. Il est le troisième fils de Louis Duc de Bourgogne et de Marie-Adélaïde de Savoie. Arrière-petit-fils de Louis XIV il hérite du nom de Duc d’Anjou à sa naissance. Orphelin très tôt, il devient officiellement Dauphin à la mort de son frère aîné Louis en 1712. Lors du décès de son arrière-grand-père survenu le 1er septembre 1715, le jeune garçon n’est âgé que de 5 ans. Beaucoup trop jeune pour régner, la régence est confiée au neveu de Louis XIV, Philippe d’Orléans, qui assure cette gouvernance temporaire de 1715 à 1723.

Louis XV est couronné à Reims le 25 octobre 1722 alors âgé de 12 ans. Il est proclamé majeur en 1723. Après la mort du régent cette même année, il épouse à l’âge de 15 ans Marie Leszczynska. Cette princesse âgée de 22 ans est la fille du roi déchu de Pologne, Stanislas Ier. Elle donnera au roi une dizaine d’enfants.

LE RÈGNE DU « BIEN-AIMÉ » : SOUS LE SIGNE DU PROGRÈS ET DE LA MODERNITÉ

Le souverain ne règne seul qu’à partir de 1743 après le décès du cardinal Fleury, son précepteur. Ce-dernier a une grande influence sur l’éducation du jeune prince. En effet, soucieux de la bonne préparation du dauphin à son futur rôle de monarque, il lui offre l’enseignement des meilleurs professeurs de l’époque.

Les résultats de cette instruction minutieuse sont satisfaisants les premières années du règne de Louis XV. Entre 1730 et 1735 s’ouvre une période de progrès matériels et d’essor intellectuel (les Lumières) sans précédent dont Louis XV se porte garant.

Au début de son règne, le royaume prospère. Les habitants sont plus riches et mieux nourris qu’au siècle précédent notamment grâce à l’amélioration de la production agricole et le développement des villes. Le nombre de naissances augmente avec la fin des famines et le recul des épidémies de peste. La dernière, celle de Marseille, date de 1720.

Dans cette période d’essor, le souverain engage une révolution agricole et industrielle lui apportant une immense popularité auprès de ses sujets. Lors de la campagne de la Guerre de Succession d’Autriche en 1744, il obtient d’ailleurs son surnom de « Bien-aimé ». Le roi s’étant arrêté avec ses troupes à Metz, tombe gravement malade et suscite l’émoi dans tout le royaume. Il fera l’objet de ferventes prières visant à sa guérison. Au cours de cette convalescence, où le peuple retient son souffle, c’est un chanoine messin qui lui donnera officiellement ce surnom lors de son homélie.

Mais tous ces changements économiques lui valant la reconnaissance de son peuple, engendrent de profonds bouleversements sociaux, et détruiront à terme toute les structures de la société d’Ancien Régime au cours de la Révolution.

LE RÈGNE DU « MAL-AIMÉ » OU LA DÉCADENCE DE LA MONARCHIE

Le souverain autrefois acclamé par son peuple se révèle oisif. Au quotidien, il délaisse le pouvoir au profit de ses ministres et de ses maîtresses qui gouvernent à sa place. Cette gestion nonchalante lui attire les foudres de tous les ordres de la société.

Le roi agit en cachette de ses ministres par le biais de son service de renseignement le « Secret du roi ». Sous l’influence de sa maîtresse officielle depuis 1745, Madame de Pompadour, il rappelle ses ministres à l’ordre en en renvoyant certains pour en nommer d’autres. Le rôle de la favorite dans les décisions gouvernementales, est perçu de façon hostile par le peuple et la Cour qui la surnommera « la putain du roi ».

La marquise favorisant les idées de réformes, bénéficie d’alliés puissants notamment les frères Joseph et Jean Pâris. Financiers d’Etat, ils ont la main mise sur les principaux ministères du royaume. Ils permettent à la marquise d’asseoir son influence sur le roi. Elle obtient de lui la nomination de ministres comme De Bernis en 1757 et le renvoi d’autres comme Orry en 1745 ou Maurepas en 1749.

En 1745, le déficit du Trésor Royal s’élève à plus de 100 millions de livres. Pour le combler, Louis XV, sur les conseils de sa favorite, soutient la politique d’équité fiscale introduite par « l’édit de Marly » en 1749 et portée par Machault d’Arnouville, contrôleur général des Finances. Cet édit instaure l’impôt du vingtième sur tous les revenus. Cette mesure consiste à imposer une taxe unique à tous les sujets du royaume y compris les nobles et le clergé. Cet impôt provoque un bouleversement dans le fonctionnement de la haute société. Ainsi, il suscite la colère des privilégiés des États provinciaux, du clergé et du parlement.

Le roi sous la pression finit par céder en 1751, en dispensant le clergé de cette taille qui devient un simple supplément. Cette défaite dans la « guerre de l’impôt » accroît son impopularité. Il est désormais présenté comme un roi incapable d’instaurer des réformes pouvant stabiliser financièrement le royaume.

Ces échecs économiques s’accompagnent de défaites militaires notamment avec la Guerre de Sept-ans (1756-1763). Louis XV après avoir mené une campagne désastreuse contre les britanniques, finira par céder la moitié des colonies françaises à l’Angleterre dont la Nouvelle-France (actuel Québec) et les Indes par le « traité de Paris » signé le 10 février 1763.

De ce traité, la France ne conservera que Saint-Domingue (actuelle Haïti). Cette décision suscite stupéfaction et incompréhension dans tout le royaume. L’impopularité du roi augmente.

Face à une crise politique sans précédent, le souverain nomme Choiseul en tant que Premier ministre. Celui-ci assure ses fonctions de 1758 à 1770, redressant la situation économique du pays. Il est disgracié la veille de Noël 1770 à cause de sa mauvaise gestion de la politique étrangère : il déclenche une nouvelle guerre avec l’Angleterre.

Le roi instaure alors un triumvirat, composé du duc d’Aiguillon, de l’abbé de Terray et d’un protégé de Madame du Barry, le chancelier Maupeou. Ces trois hommes avec le soutien du roi restaurent le pouvoir royal et la situation financière du royaume. Cependant, le parlement s’opposant aux réformes de Terray, Louis XV se résout alors à « un coup de majesté ».

Cet acte absolutiste lui permet de renvoyer la moitié des membres du parlement et sauve l’État du gouffre financier. Néanmoins, les retombées bénéfiques de cette action seront de courte durée pour le souverain qui meurt de la petite vérole le 10 mai 1774.

Il laisse à son petit-fils, le dauphin Louis XVI, une France fragilisée et sous tension par la haine grandissante du peuple contre la classe dirigeante. Ce climat des plus sombres, précipite la fin de la monarchie.

Le destin tragique de Louis XVI sonne comme les conséquences de l’incapacité de Louis XV à n’avoir pas su consolider son pouvoir politique pour garder un royaume stable et uni.